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Cycle Xenakis / Stravinsky : addictif Xenakis

Le concert de clôture du cycle proposé par la Cité de la Musique autour de Stravinsky et Xenakis nous laisse un goût d’inachevé. Ce n’est pas que l’intérêt des programmes s’essouffle, loin de là ; on en redemande, voilà tout ! Surtout du Xenakis, aussi curieux que cela puisse sembler. L’œuvre de Stravinsky, pour novatrice et de qualité qu’elle soit, nous est familière, on croit la connaître, cependant que notre esprit est constamment sollicité par l’art de Xenakis.

Notre ressenti va sans doute de pair avec le fait que ce concert mettait en regard des œuvres parmi les plus néo-classiques de Stravinsky, aux antipodes (et c’est peu dire) du style xénakien. Ainsi des Huit miniatures, de charmantes pages qui n’interpellent ni ne dérangent et dans lesquelles il n’est guère d’intérêt ailleurs que dans les trouvailles d’instrumentation. Le Concertino qui suivait est du meilleur Stravinsky : concis, précis, usant de rythmes ciselés qui donnent à cette œuvre tout son potentiel. On y regrettera en ce qui concerne l’interprétation le jeu du violon solo, irréprochable n’était la rigidité de ses phrases. Ces deux pièces étaient encadrées dans la première partie du concert par Plektó et Nomos Alpha, pour violoncelle seul. La première, très énergique, met en scène une sorte de duel entre le piano et la percussion, arbitré par les autres instruments, à moins que ceux-ci ne soient tout bonnement pris entre deux feux, impuissants à faire entendre leurs voix au milieu de ce dialogue forcené. La seconde quant à elle décevait sur le plan musical, bien que l’engagement de eût été vivement salué au terme du véritable parcours du combattant que cette pièce représente pour un violoncelliste : scordattures, modes de jeu improbables, Nomos Alpha ne tarde pas à créer chez l’auditeur un irrépressible sentiment de fatigue, voire d’ennui, tout en relançant l’attention par les excentricités techniques qu’elle requiert.

Autant dire que l’impact émotionnel du programme penchait largement en faveur de Xenakis, ce qui allait encore s’accentuer dans la seconde partie. Quoi de plus cruel en effet que de mettre en regard le Concerto «Dumbarton Oaks» et Eonta ? Le premier compte parmi les chefs d’œuvres déconsidérés de son auteur ; tout en lumière, en inventions rythmiques et instrumentales, c’est un peu le charme discret de Stravinsky condensé en un quart d’heure de musique. Eonta au contraire est tout en extériorité : que ce soit la virtuosité délirante requise par la partie de piano (flegmatique ) ou les déplacements des cuivres, d’arrière en avant-scène, en passant par la caisse de résonance du piano, tout concourt à accrocher le regard, à captiver l’attention, certes soumise à rude épreuve par la longueur et l’intensité même de cette œuvre.

En dépit donc des grandes qualités mises en œuvre tant par les musiciens que par pour interpréter avec la même maestria les œuvres de ces deux grands musiciens, il est indéniable que le style de Xenakis, du moins dans ces pièces en particulier, ne saurait soutenir la comparaison sur le plan de l’impact émotionnel. Peu importe les affinités de chacun, voilà un constat que chacun aura pu tirer de cette soirée.

Crédits photographiques : © Grégoire Pont