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La lignée anglaise de la Belle (au bois dormant)

La Belle au bois dormant n’a pas toujours eu une destinée heureuse à Londres – les productions en demi-teinte se succédaient depuis des années lorsque le Royal Ballet a finalement décidé, en 2006, de revenir à celle qui avait fait son succès exactement soixante ans plus tôt, l’année où la troupe a investi la scène du Royal Opera House.

Peter Farmer a été invité à reproduire, dans la mesure du possible, les légendaires décors d’Oliver Messel – et les additions chorégraphiques de la main de et ont également retrouvé leur place sur scène. Les premières critiques ont naturellement noté les manques d’une telle entreprise de «reconstruction», mais cette Belle possède l’allure d’un réel conte de fées, loin de la grandeur de cour de l’Opéra de Paris, optant à la place pour une élégante simplicité.

La première représentation de la série voyait une distribution particulièrement luxueuse, entachée pourtant par quelques déceptions. Sarah Lamb, notamment, a donné du rôle-titre une lecture dans laquelle elle semblait mal à l’aise, en dépit de traits angéliques et d’une grande pureté technique. Effacée et visiblement nerveuse lors de son entrée, elle ne s’approche du personnage de la jeune princesse qu’au milieu du premier acte ; sa distance lors de la Vision d’Aurore s’apparente ensuite à de la froideur, loin du triste appel de la femme ensorcelée. Son rayonnement dans le Grand Pas final en est d’autant plus surprenant, mais l’héroïne avait bel et bien retrouvé ses considérables moyens, offrant enfin un pas de deux et une variation d’une cristalline beauté classique.

Quelques incertitudes de début de saison étaient également sensibles chez Ivan Putrov, prince très discret, qui a par ailleurs connu quelques problèmes avec ses réceptions. reprenait dans ce contexte le rôle de la Fée des Lilas, dont elle est l’une des toutes meilleures interprètes ; irradiant le bonheur et la sincérité, sa danse, moelleuse, musicale, prouve que la taille n’est pas la condition sine qua non pour incarner l’autorité lumineuse qui veille sur le couple princier.

Un éventail d’étoiles et de futures étoiles tenait par ailleurs les multiples rôles secondaires, dédaignés dans trop de compagnies. déploie ainsi un phrasé à couper le souffle dans les rôles de la princesse Florine et de la Fée de la «Vigne Dorée» (Violente), ses accents toujours vifs et assurés. Steven McRae, techniquement propre, quoique sage, semblait malheureusement souffrir à ses côtés du même syndrome que les héros – son expression étrangement fermée a empêché le pas de deux de l’Oiseau bleu d’atteindre des sommets. , Helen Crawford et Samantha Raine brillaient quant à eux par leur style dans les rôles de Florestan et ses sœurs, pas de trois qui remplace dans cette version les traditionnelles Pierres Précieuses. Le Prologue avait également été illuminé par Yuhui Chœ et Iohna Loots, l’une délicate et pensive, l’autre jouant remarquablement la Fée Canari et provoquant les rires de l’assistance. Le corps de ballet se montre enfin inégal, malgré une Vision et des scènes de mime réussies.

On regrettera certains des éléments ajoutés à cette Belle au bois dormant lors de sa reconstruction, que ce soit une piètre Valse signée au premier acte ou l’excès de paillettes déployé sur les costumes. Mais les perles que sont la variation d’Ashton pour Aurore à l’acte II ou le Panorama qui mène le Prince à l’héroïne endormie suffisent à expliquer la fascination qu’a pu provoquer cette version historique – la magie qui s’ensuit devrait être, avec une interprétation plus consistante, à la mesure de Tchaïkovski.

Crédit photographique : Sarah Lamb (Aurore) © Bill Cooper / Royal Ballet

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