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Clément Saunier, un premier album carte de visite

Disons le tout de suite, la déception de l’écoute est réelle malgré l’éclectisme d’un programme qui s’annonçait alléchant. La juxtaposition sans aucun lien thématique de pièces couvrant 300 ans de musique relève plus du concert que d’un disque. Mais après tout qu’importe pour un premier album «carte de visite» de ce trompettiste, finaliste du dernier concours Maurice André.

Les formations qui accompagnent sont excellentes : le Brass Band Aeolus dirigé par Bastien Stil, remporte de nombreuses compétitions et contribue à l’émergence des Brass Bands en France (formation de cuivres à perces coniques, de sonorité chaude et mœlleuse), ou le très médiatisé Paris Jazz Big Band. L’orchestre de chambre anglais est une valeur sûre pour le concerto de Tomasi, une des deux œuvres «références» du répertoire de la trompette avec Haydn. Ce passage obligé, pour tout trompettiste prétendant laisser une trace dans l’histoire de l’instrument n’est pas très convaincant. Le phrasé est monotone, le tempo trop lent, trop mesuré, pas assez «engagé» ni expressif. On renverra les amateurs de Tomasi à «la» version référence d’Eric Aubier en 1988 avec l’Opéra de Paris (Indésens), à celle très colorée de Maurice André en 1964 (Erato) difficilement disponible, ou encore Wynton Marsalis en 1986 (CBS). Même si la trompette de manque globalement de relief et de brillant, il a le mérite de nous faire entendre tous les instruments modernes de la famille des trompettes, dans des œuvres originales ou transcrites assez rarement enregistrées. Concernant le concerto pour hautbois en Do mineur de Marcello, pourquoi ne pas l’avoir enregistré en ré mineur ? On entendra le cornet, et surtout le bugle dont le choix est plus heureux dans la très jolie Sinfonia de Bach que dans Cantabile et Scherzetto de Gaubert (1959), qui sonne mieux au cornet. Les aficionados du son de bugle trouveront leur bonheur dans les enregistrements de Sergeï Nakariakov chez Teldec consacrés aux grandes pages pour violoncelle de Haydn, Tchaikovski. On appréciera le talent du compositeur américain Philipp Sparke au style cinématographique.

Le label Cristal a complètement manqué la présentation de l’album, trop sombre au point qu’on ne réussi pas à lire les informations. On regrettera encore l’absence d’un livret ; un programme aussi riche se devait d’être explicité. Bravo quand même à Saunier pour avoir mobilisé autant de monde autour d’un projet courageux et audacieux, qui n’aura peut-être pas tenu toutes ses promesses. La prise de son est globalement mate, contribuant à ternir le son du soliste.

 

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