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Se faire du bien, tout simplement

, avec sa vitalité et la chaleur incomparable de ses sonorités, a prouvé à maintes reprises sa capacité à faire sonner avec tout le relief et la complicité nécessaire les concertos pour violon. Cependant, elle s’intéresse cette fois-ci au répertoire baroque, en ces temps où la mode est encore aux interprétations historiques ou historisantes. Toute la question est donc là : le jeu flamboyant et la rondeur de son de sauront-ils apporter autant de plaisir que les interprétations sur instrument d’époque ? Cet enregistrement peut-il faire le poids face à des versions tournées vers un souci d’authenticité ? On retombe finalement ici dans le dilemme pourtant maintenant relativement ancien des questions soulevées par les « baroqueux ». Penchons-nous donc sur la question.

L’enregistrement débute par le Concerto pour deux violons. A l’audition du premier mouvement, la plénitude du son et l’homogénéité de l’interprétation laissent paradoxalement une étrange impression de calme auquel il manquerait tout le relief rythmique et l’énergie intrinsèque auxquels nous sommes maintenant habitués. Certes, le son est magnifique, mais où sont cette fougue, ce peps propres aux œuvres baroques et à Bach ? Mais le deuxième mouvement fait déjà oublier la première frustration de l’enregistrement : une magnifique émotion contenue, une étonnante profondeur vous saisissent immédiatement. On retrouve la grande , celle qui fascine tant par la façon dont elle fait chanter son instrument. Le troisième mouvement ne fait que confirmer cette impression, renforcée par la grande complicité musicale qui émane de son duo avec .

La suite de l’enregistrement ne démentira pas ce ressenti : il s’en dégage une ambiance magique. Les mouvements lents sont magnifiques, à la fois profonds, porteurs d’une grande émotion, pudiques et aériens. Les mouvements rapides, bien que plus lisses que certaines interprétations baroques, sont empreints d’une grande vitalité, d’une grande joie. Peut-être sommes nous éloignés du côté rythmicien et contrasté des « baroqueux », mais on retrouve là les émotions simples et immédiates de la musique de Bach à travers un son – celui de Julia Fischer, mais aussi ceux d’, de Andrey Rubtsov et de l’ – d’une rondeur, d’une chaleur, d’une profondeur qui font beaucoup de bien, tout simplement. Pourquoi chercher plus, finalement ? Cet enregistrement n’est pas meilleur qu’un enregistrement historique, il est différent … et peut-être tout autant indispensable parce qu’on s’y sent bien. N’est-ce pas l’essentiel ?