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MTT-Mahler pour le meilleur

Les allergiques passeront leur chemin, les autres participeront à la grande fête mahlérienne orchestrée par et le Symphonique de San Francisco. Pour une réussite, c’en est une ! Leur interprétation de l’Adagio de la Symphonie n°10, le seul mouvement totalement achevé par lui-même, se positionne dès l’abord parmi les toutes meilleures réalisations d’une immense discographie. L’ironie, le sarcasme et le populaire partagent merveilleusement la vedette avec le lyrisme, le désespoir et l’émotion. Les instrumentistes de San Francisco font ressortir la complexité musicale et psychologique d’une partition unique et troublante résumant idéalement le parcours symphonique du compositeur autrichien. La Symphonie « des mille » (intitulé rapporté aux innombrables participants composant l’orchestre et le chœur) reçoit un traitement de choix, lequel la situe au sommet des versions enregistrées actuellement disponibles (Pierre Boulez ou Valery Gergiev). Cette grandiose Symphonie n°8 comporte des pages de caractères très variés qui n’empêchent en rien l’expression d’une unité globale. L’hymne initial, Veni creator spiritus, donne d’emblée le ton et le niveau artistique précisément exigé par le compositeur. Le dépouillé et la force émotionnelle occupent et qualifient l’espace sonore idéalement rendu par le partage réussi d’une lecture ménageant intelligemment l’analytique et le synthétique. Les différentes sections s’enrichissent mutuellement jusqu’à ce que la grande fresque débouche sur les splendides et émouvants « Dir, Der Unberührbaren » et « Blickett auf », véritable libération jubilatoire d’une hauteur métaphysique rare. Les solistes vocaux impliqués et performants (on regrettera certains passages de la prestation de la basse James Morris dont le timbre et la diction défaillent ponctuellement) confèrent tout son éclat à cette structure symphonique amplifiée par les chœurs enthousiastes et parfaits. L’orchestre, étoffé et brillant, apporte sa contribution impeccable, à chaque instant de ce chef-d’œuvre passionné et passionnant. On ne s’ennuie pas un instant, bien au contraire, avec cette interprétation, de loin supérieure, par exemple, à la version d’Antoni Witt (Naxos, 2005) considérée comme très réussie. Pour revenir à et conclure : Indispensable, voilà le mot.