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Hommage à Rudolf Barshai

La collection Historical Russian Archives du label Brilliant s’attarde aujourd’hui sur la personnalité de . Moins médiatique que d’autres artistes soviétiques, n’en reste pas moins un pilier de l’histoire de la musique au XXe siècle et un chef d’orchestre exceptionnel auteur d’une intégrale magistrale des symphonies de Chostakovitch (Brilliant également).

Né en 1924 à Krasnodar, au sud de la Russie, entre au conservatoire de Moscou en 1940. Il étudie le violon et l’alto avec des maîtres comme Lev Zeitlin ou Vadim Boriskovsk du mythique . En 1945, il est membre fondateur du futur tout en se produisant avec les stars de l’archer et du clavier d’URSS : Julian Stikovetsky, Sviatoslav Richter ou Leonid Kogan…Barshai poursuit des études de direction d’orchestre auprès d’Illya Mushin à Leningrad et de composition avec Chostakovitch qui devient son ami. En 1955, il fonde l’orchestre de chambre de Moscou qui couvre, avec succès, le répertoire du baroque au contemporain. La vie de l’orchestre est marquée par des tournées et des créations dont celle de la symphonie n°14 de Chostakovitch le 6 octobre 1969 (bande radio reprise dans le coffret). En 1977, Barshai passe le rideau de fer et émigre en Israël. Il dirige alors l’orchestre de chambre d’Israël et l’orchestre de Bournemouth. Différents enregistrements réalisés pour EMI obtiennent des prix internationaux dont des concertos pour piano de Tchaïkovski, captés à Bournemouth, avec Peter Donohœ. Installé en Suisse, Barshai poursuit une carrière de chef invité. On lui doit des orchestrations d’œuvres de Chostakovitch, de Prokofiev ainsi qu’une édition de lasymphonie 10 de Mahler.

Enregistrés à Moscou, ces témoignages de concerts apportent un regard intéressant sur l’art d’un musicien mais surtout sur le «son» des instrumentistes soviétiques de l’époque. Au sommet de cette boite, il faut placer la captation de la création de la création de la symphonie n°14 de Chostakovitch. Certes certaines versions récentes présentent un fini instrumental et vocal plus luxueux (Jansons, Kitaenko), mais la tension dégagée par ce concert est insurpassable : les phrasés fusent avec une urgence historique et les chanteurs semblent engagés comme si leur vie en dépendait. Le reste de la musique soviétique proposée n’atteint pas le même degré émotionnel et n’évite pas de nombreux poncifs ! On peut ainsi passer les œuvres, assez laborieuses, de : Meerovich, Loksin, Bunin ou Rääts. On retrouve également le Barshai orchestrateur dans différents pièces de Chostakovitch, Prokofiev et Bach. L’artiste a la main plus heureuse avec ses compatriotes qu’avec le Cantor de Leipzig. Les classiques : Mozart, Haydn et Beethoven sont cernées avec énergie et précision. Si Bee thoven et Haydn sont parfois un peu trop massifs, Mozart reste un modèle de style. Les tempi sont nerveux et le chef anime le discours avec fluidité, vivacité et naturel. C’est justement dans Mozart que l’on entend tous les détails du style musical russe des instruments à cordes avec un son incisif et une grande virtuosité technique dans les articulations ; le tout avec une grande palette de nuances !