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« Dido 1700 »

En 1700, l’acteur et directeur de théâtre Thomas Betterton monta une nouvelle production de la pièce de Shakespeare Mesure pour mesure dans son théâtre londonien de Lincoln’s Inn Fields.

À cette occasion, les cinq actes de la célèbre comédie furent séparés par un intermède musical constitué de chacun des trois actes de l’opéra de Purcell Didon et Enée, augmenté pour la circonstance d’un prologue allégorique donné entre les premier et deuxième actes de la pièce de Shakespeare. Une scène entre Enée et trois de ses amis complétait ce qui, dans la version traditionnelle de l’opéra, constitue le deuxième acte.

C’est cette version, entièrement reconstituée par le musicologue avec la participation du chef d’orchestre Andrew Pinnock, qui a été donnée à Luxembourg par le sous la direction de son chef attitré . Ce dernier est également l’auteur de la nouvelle orchestration censée être fidèle aux représentations de 1700. Si l’intérêt historique est évident, il est peu probable que cette nouvelle version s’impose durablement au répertoire, la musique rajoutée aux trois actes que l’on connaît déjà, vraisemblablement de la plume du compositeur , ne pouvant en rien se comparer avec celle de l’Orpheus Britannicus. De plus, ces insertions pratiquées au début du XVIIIe siècle déséquilibrent gravement un ouvrage certes bref, mais remarquable justement dans sa concision et son immédiateté. L’orchestration, en revanche, aux timbres plus riches et plus variés que ceux de la version originale, est beaucoup plus convaincante, et fera sans doute des émules. Inutile de dire que l’interprétation proposée par le , dirigé par , l’un des maîtres d’œuvre de cette intéressante reconstitution, était en tous points satisfaisante.

Mis en scène par , dans une grande économie de mouvement, et habillé par eskandar, dans un souci évident de minimalisme, le plateau réuni pour l’occasion vise lui aussi à l’authenticité historique. Réduit à neuf voix (trois sopranos, deux contre-ténors, deux ténors et deux basses), le chœur –mais bien plutôt, en fait, une réunion de solistes – sonne particulièrement juste, et permet à chaque partie d’être entendue distinctement. Se détachent les voix de (décevant néanmoins dans sa brève apparition en Esprit, chanté depuis les cintres), ainsi que celles des deux ténors, et Joseph Cornwell. Une mention spéciale pour , impayable en Sorcière à l’accent cockney des bas-fonds londoniens, et à la gestuelle de malfrat… Si a la voix un peu usée pour Énée, compose une Didon plus tourmentée qu’amoureuse, émouvante cependant dans sa scène finale ; sa voix a elle aussi perdu de sa fraîcheur d’antan. Le chant le plus pur aura finalement été fourni par la délicieuse , dont le timbre de roses aura illuminé les belles phrases de Belinda.

En somme une intéressante reconstitution, qu’on souhaite couronnée d’une réalisation discographique, en attendant la prochaine nouvelle version du chef d’œuvre de Purcell…

Crédit photographique : The © Philharmonie de Luxembourg

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