ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Et tout l’orchestre est littérature …

Le projet de ce coffret est d’associer à de grands écrivains classiques et romantiques la musique d’orchestre qu’ils ont suscitée. On pourrait discuter ce choix, puisqu’il écarte d’emblée la forme musicale la plus littéraire de toutes, la mélodie, excluant par exemple Schubert, qui aurait pu apparaître dans les volumes Gœthe, Schiller, Shakespeare et Walter Scott. Les opéras sont évidemment représentés mais uniquement par des extraits orchestraux parfois insignifiants (2 minutes du ballet pour illustrer Faust !).

Sur les œuvres choisies, il y a peu à redire, tant il y avait de matière : l’éditeur se concentre sur le XIXe siècle, avec des incursions avant (1745) et après (1955), et alterne tubes et raretés. Les versions proposées datent pour la plupart des années 1950 (la notice ne donne aucune date précise), mais on entend aussi des gravures plus anciennes et une dizaine d’autres bien plus récentes, tirées du catalogue Naxos-Marco Polo. L’auditeur est donc soumis à de désagréables contrastes entre des prises de son digitales, de très bons enregistrements stéréo ou monophoniques, et des repiquages parfois médiocres. Les chefs et les orchestres retenus sont souvent prestigieux (Mravinski, Schuricht, Szell, Mengelberg, Beecham, etc. ) et aucune interprétation n’est indigne, même si certaines ne semblent pas idéales pour découvrir les œuvres (Furtwängler dans Berlioz et Gluck, Rossini par ou par le Boston Pops… ). La plupart des enregistrements historiques ont déjà été réédités par les labels spécialisés, comme Lys ou Testament, mais certains sont d’authentiques raretés, comme la Suite du Bourgeois Gentilhomme de Strauss par ou celle d’Auric pour Phèdre, par .

Tous les volumes ne sont pas d’égale valeur : des plus faibles, consacrés à Voltaire et à Gœthe, on retient tout de même un poétique extrait d’Au Jardin de Marguerite de Roger-Ducasse, plus connu pour ses arrangements de Debussy. Le panorama consacré à Shakespeare mêle, comme il se doit, la passion tragique (Othello de Dvořák et Roméo et Juliette de Tchaïkovski) et la féérie, avec l’amusant Hobgoblin de l’américain Chadwick (1908). Molière, Corneille et Racine inspirent naturellement les Français, de Fauré et Massenet jusqu’à , et aussi (ouverture de L’école des femmes). Perrault est illustré par des friandises (Humperdinck et Coates) et par Les contes de ma Mère l’Oye de Ravel par , un classique. Les disques Schiller et Hugo contiennent des éléments valables : Schumann (La fiancée de Messine), Mendelssohn (Ruy Blas), deux poèmes de Liszt emportés par Golovanov, et une majestueuse Ode à la joie tirée de l’intégrale d’ avec le Philharmonique de Berlin, et dont les solistes auraient mérité d’être nommés (, Kerstin Meyer, Nicolai Gedda et Frederick Guthrie) Le disque Walter Scott réjouit par ses tons burinés (Symphonie Ecossaise de Mendelssohn, Rob Roy de Berlioz, ouverture du Templier et la juive de Marschner). Au contraire, l’univers d’E. T. A. Hoffmann ne se réduit pas aux couleurs nacrées des ballets qu’il a inspirés à Delibes, Adam et Tchaikosky. Enfin le volume sur Pouchkine déborde de vitalité, avec des extraits symphoniques d’opéras russes et la pimpante ouverture de La dame de pique de Suppé, par et l’Orchestre Symphonique de Detroit.

En définitive, un objet hétéroclite, mais sympathique, où le collectionneur et le curieux trouveront certainement quelque chose à glaner.