ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Le Quatuor Danel joue Tichtchenko : Bon sang ne saurait mentir

Ce concert était organisé par L’Association Internationale «» en hommage au soixante dixième anniversaire de né le 23 mars 1939, qui fut élève de Chostakovitch entre 1962 et 1965. Il permit d’entendre en création française le Quatuor à cordes n°4 que Tishchenko écrivit en 1980, qu’il dédia à Irina Chostakovitch, la veuve de Dimitri. La dédicataire, dont c’était l’anniversaire le jour même, et le compositeur étaient présents dans la salle, et ce n’est pas sans une certaine émotion qu’ils prirent la parole, l’une en introduction du concert, l’autre après l’exécution de son œuvre par le , remerciant ces derniers pour leur superbe travail.

Rapprocher le Quatuor n°11 de Chostakovitch et le Quatuor n°4 de Tishchenko s’avère une expérience instructive autant que troublante tant ces deux œuvres ont de points communs. Car on ne peut, à l’évidence, nier que l’élève ait parfaitement assimilé les leçons du maitre, en style comme en forme, et même s’il n’égale peut-être pas le niveau d’inspiration de son modèle, le savoir-faire est bien là et de haut niveau, on pourrait sans doute presque s’y tromper. L’œuvre se déroule en quatre parties au découpage assez classique dont la première est la plus développée.

Ce long premier mouvement est construit en forme d’arche basée presque exclusivement sur une cellule de six notes dont la première est répétée trois fois comme un ostinato. On ne peut que remarquer la similitude avec le premier mouvement du n°11 et sa cellule basique de onze notes où la répétition est cette fois sur quatre notes. A partir de cette cellule fondatrice Tishchenko va construire un long développement où l’intensité augmentera continuellement jusqu’à culminer au sommet de l’arche dans un tumultueux duo des deux violons à découverts, qu’il vaut mieux être en pleine forme pour exécuter. Reviendra ensuite le calme dans un exercice de désagrégation progressive du tissu musical, forme classique depuis Beethoven mais dont Chostakovitch se fit une spécialité et que Tishchenko sut parfaitement mettre en œuvre. Saluons ici le , certes formé dès le biberon à la musique du maître russe, qui réussit très bien, comme leur intégrale au disque et au concert nous l’avait déjà fait remarquer, ces passages si difficiles qui posent bien des problèmes à beaucoup.

Le second mouvement, entièrement sur la sourdine, joue le rôle de mouvement lent et reprend la même cellule fondatrice. Et comme dans le Quatuor n°11 de Chostakovitch on y retrouve une fugue.

Suit un scherzo plus rythmé, moins strict et étouffant, toute proportion gardée, que les mouvements précédents, apportant justement une certaine détente avec un ton plus libre presque rapsodique joué sans exagération par les Danel.

Le final débute sur un puissant et déchirant solo du violoncelle, instrument à qui reviendra également la conclusion pianissimo de l’œuvre, refermant ainsi une nouvelle arche. Cette fois-ci les fameuses trois notes répétées se dédoublent en une cellule de six notes plus mélodique qui sert de base à un mouvement au climat plus apaisé, voire teinté d’optimisme sinon d’une certaine naïveté, en rupture de ton (un peu trop peut-être) par rapport au reste de l’œuvre qui a pratiquement les qualités de son modèle, et le défaut de lui ressembler peut-être un peu trop.

Après la création française de ce quatuor, vint une création mondiale, avec les Préludes extraits de la musique de film «Les Amis» achevée de 1935, avant le début du cycle de quatuors. La formation originale du classique quatuor à cordes augmenté du piano de Muhiddin Durruoglu et de la trompette d’Antoine Acquisto, fonctionnait fort bien, dans un remarquable équilibre sonore, ce qui en faisait l’essentiel de son attrait. Et pour encadrer ces deux créations, le Quatuor Danel nous offrit deux interprétations pleines d’énergie des quatuors n°11 et n°3 de Chostakovitch, parfaites de ton et de style, complétant ainsi une bien belle soirée.

Crédit photographique : Boris Tishchenko © Crichton