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Alexandre Tharaud / Quatuor Ebène, c’est la dernière impression qui compte

Lorsque la MC2 annonce un concert Brahms, Chopin, Franck, la salle est forcément comble … pour une soirée riche en émotions musicales. Un tel programme crée forcément des attentes particulières. On est impatient de ressentir ces frissons si particuliers liés aux excès et élans de la musique romantique. Alors, forcément, lorsque le Quatuor Ebène fait le choix, pour le quatuor op. 51n°1 de Brahms, de nous offrir une interprétation fondée sur la subtilité, peut-être trop, on ne peut s’empêcher d’être surpris, voire déçu. Bien sûr, c’est un choix louable, intéressant, intelligent. Ne pas tomber dans les lieux communs de la musique romantique, éviter à tout prix la vulgarité que cela entraîne chez certains. Seulement, ce choix aurait demandé plus de précision. Plus de précision dans la justesse – parfois, malheureusement, aléatoire – mais surtout dans la conduite des sons. Si l’on choisit d’être incisif, il faut l’être jusqu’au bout, y compris dans la clarté de l’arrêt de chaque note. Si l’on choisit de miser sur cette formidable complicité musicale qui d’habitude les lie, on prend soin de rechercher la même texture de son pour chaque phrase musicale, quel que soit l’instrument qui le joue. Or là, nous étions plutôt dans une sorte de juste milieu. C’était agréable, certes, mais trop imprécis, trop imparfait pour réellement convaincre.

En deuxième partie, choisit d’interpréter diverses pièces de Chopin d’une traite, comme les différents mouvements d’une même œuvre. Si cela peut paraître surprenant, cela a permis à l’auditeur de s’immerger totalement dans la musique pour piano de Chopin, et ce avec une grande délectation. De la subjectivité de la notion de précision : a lui aussi rencontré quelques écueils, parfois, laissant courir ses doigts un peu plus vite que prévu … qu’importe, la musique est là, et bien là. Il rend magistralement hommage à ces œuvres qui donnent l’impression d’être écrites en un seul souffle. On se laisse emporter dans ces élans, ces tourbillons de sons, on y est tellement bien que l’on est presque déçu lorsque cela s’arrête.

La troisième partie est consacrée au quintette avec piano de Franck. L’occasion pour le quatuor Ebène d’enfin nous offrir sa vigueur et sa musicalité. Une interprétation pleine d’énergie, dans laquelle Tharaud et le quatuor se nourrissent mutuellement de la musicalité l’un de l’autre. Ce concert finalement très réussi se conclut en beauté par un bis jazzy magistral.

Crédit photographique : © Marco Borggreve