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Zhu Xiao-Mei et Bach pour une communion musicale

Contrairement à sa prestation en 2006 à Lille de la même pièce, joue cette fois dans une magnifique salle adaptée au concert, l’auditorium dijonnais, salle connue et appréciée des mélomanes venus nombreux pour assister à cette prestation exceptionnelle. Le piano Steinway trônait sur l’estrade, laissant à la pianiste chinoise la possibilité de laisser libre cours à sa sensibilité et sa pensée musicales hors du commun.

Une seule œuvre au programme. Mais quelle œuvre ! Les Variations Goldberg ! Et de les jouer par cœur, sans sourciller, totalement imprégnée de chaque note, de chaque atmosphère, de chaque microseconde musicale. Dès les premières notes de l’aria, le public retient son souffle, la gorge nouée, absorbé par un sentiment d’absolu, de plénitude. Que ce soit dans les passages rapides, dynamiques ou dans ceux plus expressifs, pas un geste n’est déplacé, outré ou forcé. Tout se fait dans la mesure, comme si la musicienne nous invitait dans son intériorité. D’autant que cette œuvre compte énormément dans son histoire personnelle, elle qui a souffert des douloureuses épreuves imposées par la «révolution culturelle» chinoise. Zhu Xiao-Mei offre ici chaque variation comme un petit bijou ciselé, car, comme le souligne Nila Djadavjee, «il s’agit réellement d’un travail d’orfèvre.» Chaque ligne contrapuntique est clairement énoncée, l’équilibre polyphonique mesuré. Le touché délicat contribue à de véritables moments d’extase. A souligner le fait que si chaque variation est travaillée et pensée en elle-même, elle joue également un rôle dans la macroforme de l’œuvre, ce que ne manque pas l’interprétation de Zhu Xiao-Mei qui arrive à donner une unité à l’ensemble de ces pièces dont la diversité ne peut qu’interpeler l’auditeur au plus profond de son être : quelques grammes de finesses qui font du bien à l’âme… Et qui donnent au piano ses lettres de noblesse pour une version sensible et remarquable sur un instrument moderne. L’auditeur en est à regretter qu’il n’y ait pas plus de variations !

Après le retour de l’aria qui succède aux 30 variations, la pianiste ôte lentement et délicatement ses mains du clavier sous les yeux d’un public silencieux, comme absorbé par la musique, musique qui se poursuit dans ce long silence. Un moment de communion qui se prolonge. Avant une explosion d’applaudissements ininterrompus. Et Zhu Xiao-Mei de conclure avec une autre pièce de Bach. Comme pour continuer l’enchantement, prolonger la magie, la communion de l’instant…

Crédit photographique : © DR