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Bach sans relief

Faut-il être un vieux sage du violon pour aborder avec réussite les œuvres pour violon seul de  ? Le jeune Menhuin (EMI) ou, plus proche de nous, Hilary Hahn (Sony) et Julia Fischer (Pentatone) ont prouvé que non. En revanche, l'enregistrement des Partitas n°2 et 3 que nous livre aujourd'hui ne marquera pas la discographie, loin s'en faut. L'intonation est parfaite, le jeu d'archet très propre et la sonorité claire. En somme, la technique est irréprochable. C'est certainement suffisant pour obtenir les félicitations d'un jury de Conservatoire mais pas pour justifier un nouvel enregistrement de ces pages très bien représentées dans les bacs des disquaires.

Car toutes les tentatives de personnalisation de la part de la violoniste agacent plus qu'elles ne renouvellent notre conception de ces partitas. La lecture de la fameuse suite de danse (le concept est important) BWV 1004, avec sa célèbre chaconne conclusive, se complaît dans une lenteur excessive qu'il est difficile de justifier à bien des endroits de la partition. Sous prétexte d'expressivité, la violoniste «suspend» souvent la battue pour allonger excessivement l'une un ou l'autre double croche (allemande ou chaconne) mais ne parvient pas à tirer l'essence de cette musique si sublime. Le prélude de la Partita n°3 laisse croire à un regain d'intérêt mais se révèle très vite n'être qu'un mirage puisque, dès le loure qui suit, la violoniste retombe dans ses travers pour nous donner une fin de prestation peu enthousiasmante. La musicienne prend, çà et là, quelques initiatives pour souligner des détails d'écriture mais les réalise comme si elle en faisait un moulage en négatif. Elle semble avoir remarqué la structure musicale sans véritablement l'avoir comprise.

On aimerait décrire le Bach de Cantagrill comme tantôt solennel, tantôt contemplatif mais il faut malheureusement avouer qu'il est simplement ennuyeux. Il faut bien sûr retourner vers les valeurs sûres déjà citées et y ajouter les indémodables Milstein II (DG), Grumiaux (Phillips), Szering (DG) et Perlman (EMI) pour un début de synthèse de ce qui se fait de mieux. La liste est suffisamment longue pour se dispenser de s'arrêter trop longtemps sur cette nouvelle parution.

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