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David Greilsammer, à tâtons

Le pianiste israélien , qui s’est notamment fait connaître par son récital à Paris, en 2008, où il a joué l’intégrale des Sonates de Mozart en une seule journée, a proposé ce soir un programme singulier, dépassant largement le cadre de l’éclectisme. Comme il le dit lui-même, «le programme de ce soir présente une rencontre entre plusieurs univers dans l’espace d’un moment inattendu et d’esprit pop […] une rencontre entre le piano et des sons venus d’ailleurs, une rencontre entre la création et des voix du passé qui se réveillent.»

«Un moment inattendu» : C’est à la fin d’une musique minimaliste de Philip Glass que la Gavotte de Rameau surgit comme par enchantement, sans aucune rupture sonore et dans un tempo très lent. Certains moments des Six Doubles sont interprétés de façon nettement jazzy ; le thème initial est repris au début et à la fin de l’œuvre de Garrett Byrnes. Est-ce dans la partition d’Abstra ou s’agit-il d’une insertion volontaire de Greilsammer ? Lorsque les sons enregistrés, suggérant par certains côtés le brouhaha de la ville ou une foule urbaine désorientée, se transforment en une succession de sonorités rappelant celles de cloches d’église, et que de ce paysage sonore baigné de souvenirs ancestraux jaillit le thème de Rameau, nostalgique, cela évoque certes «une rencontre entre la création et des voix du passé qui se réveillent».

Les Sonates de Mozart que notre musicien interprète à la fin de chaque partie commencent de la même manière, dans la continuité du morceau contemporain qui précède, où le piano est en partie considéré comme instrument de percussion. Il n’hésite pas à changer ça et là des notes et des rythmes, dans un tempo et des dynamiques extrêmement libres. Bien que ce genre d’»improvisation» fût certainement monnaie courante à l’époque de Mozart, son interprétation, qui manque parfois d’unité, nous laisse l’impression qu’il tâtonne encore pour trouver son propre style.

En bis, des extraits de Musica Ricercata de Ligeti et la troisième Gnossienne de Satie. Au pianiste très original qu’est Greilsammer, la musique moderne et contemporaine, dénuée de jeu «comme il faut», semble donner plus de liberté.

Crédit photographique : © E. Hermant

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