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Quand on a dix-sept ans

Pour parachever l’hommage au talent macabre et bizarre de James Ensor, le Musée d’Orsay programme deux de ses compatriotes. En plus du Quintette, un des chefs-d’œuvre de , le interprète deux pièces composées à dix-sept ans par , dont l’œuvre est décidément étonnante, en qualité comme en quantité, pour une vie si brève. Le Molto adagio, une méditation sur le Christ au Jardin des Oliviers, imite certains adagios des quatuors de Beethoven, mais témoigne d’une sensibilité très particulière. On donne ensuite non pas le Quatuor avec piano, comme le programme l’avait annoncé par erreur, mais le Quatuor à cordes, une œuvre qui n’est certes pas de la même trempe, mais bien plus qu’une curiosité. A cette époque, Lekeu n’est pas encore élève de Franck et l’influence wagnérienne n’a pas encore pris le pas sur son amour des maîtres classiques. Néanmoins, quand il se libère de manières d’étudiant surdoué, il se montre remarquablement inventif dans l’usage des rythmes, toujours incisifs, et des textures, notamment l’effet arachnéen des sourdines dans le troisième mouvement.

Le expose ces œuvres avec une clarté qui met en valeur le foisonnement des idées. Plus encore que la qualité du jeu individuel, c’est le travail collectif du son et du phrasé qui force l’admiration. D’autres ensembles ont sans doute une pâte sonore plus belle et plus riche, mais la leur est animée d’une vie intense, chaque membre du quatuor prenant la parole sans rompre un équilibre particulièrement heureux. Dans le Quintette de Franck, l’entente n’est pas moindre avec le jeune pianiste . Le confort acoustique de l’Auditorium permet de savourer une exécution d’un seul tenant, robuste et passionnée. Les élans, dénués de brutalité, sont unifiés par des enchaînements parfaitement réussis. Peut-être l’énoncé du Lento manque-t-il un peu de gravité, mais la suite de ce mouvement emporte le spectateur vers ces régions élevées dont il faut bien, hélas, redescendre.

Crédit photographique : Quatuor Debussy © Bernard Benant

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