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Airs italiens pour la basse Ildebrando D’Arcangelo

C’est à Bryn Terfel que l’on devait, dans en enregistrement paru il y a près d’une quinzaine d’années chez le même éditeur, le dernier récital marquant d’airs pour baryton-basse de Haendel. Si les incursions du Gallois dans le répertoire italien étaient en nombre plutôt limité – et de plus, généralement dans des pages écrites pour castrat et transposées dans sa tessiture… –, le présent récital offre davantage de cohérence musicale. À l’exception du fameux « Ombra mai fu » de Serse – mis, il est vrai, à toutes les sauces depuis sa création… –, les pages italiennes qui composent ce programme sont toutes bel et bien des airs de basse écrits par Haendel à l’intention des interprètes qui ont jalonné sa longue carrière : Giuseppe Maria Boschi, Gustavus Waltz (également, dit-on son cuisinier !), et sans doute le plus accompli des trois, l’extraordinaire Antonio Montagnana. Quel que soit le chanteur pour lequel ils ont été composés, ces airs ont tous en commun le recours à une voix étonnamment longue (voir notamment le stupéfiant extrait d’Aci, Galateo e Polifemo, composé à l’intention de Boschi, mais aussi le « Tiranna gli diede » de Rodelinda…), à d’infinies capacités de legato, ainsi qu’à une vocalisation extrêmement rapide sur toute la longueur de la voix. La difficulté d’une écriture vocale aussi virtuose explique sans doute, du moins en large partie, la désaffection notoire du répertoire haendélien au cours du dix-neuvième siècle et de la première moitié du vingtième.

Mais depuis la redécouverte des opere serie de Rossini, et l’apparition sur le marché lyrique de chanteurs à l’image de Samuel Ramey ou de Lorenzo Regazzo, les basses ont fort heureusement réappris à vocaliser, et c’est bien dans cette lignée que ce situe le beau et ténébreux . Doté d’un superbe métal, l’interprète semble se jouer des difficultés auxquelles ces pages le confrontent, et le chanteur excelle autant dans les redoutables airs rapides que dans les pages plus mélancoliques ou méditatives. Parmi ces dernières, on retiendra surtout le sublime « Gelido in ogni vena » de Sirœ, un modèle d’émotion et de douleur contenue. Tout au plus pourra-t-on regretter ici et là le manque de variété dans l’expression, mais peut-être cela est-il surtout imputable au caractère même de ces pages, qui finissent toutes il est vrai, à quelques exceptions près, à se ressembler. Là évidemment est le travers du genre du récital thématique que de sombrer quelque peu dans une forme monotonie.

Contrairement au précédent récital de Bryn Terfel, autrefois dirigé par Charles Mackerras à la tête du Scottish Chamber Orchestra, c’est un orchestre entièrement baroque qui accompagne la basse italienne. Sans doute, d’ailleurs, un diapason plus élevé que La 415 n’aurait pas permis l’inclusion dans le programme du redoutable « Fra l’ombre e gl’orrori », chanté ici en pleine voix et non en falsetto, comme le rendait vraisemblablement Boschi. Ce choix tout à fait heureux aura ainsi été l’occasion de réentendre le bel ensemble , plus connu dans ses interprétations vivaldiennes, et efficacement dirigé par son chef attitré . Peut-être davantage de théâtralité aurait-il permis de donner à cet attachant récital la variété qui lui fait parfois défaut.

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