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Out of context d’Alain Platel : Mis à nu

Dans ce Platel nouvelle manière, ni décor, ni musique baroque, mais de belles couvertures roses. Un tournant majeur dans l’œuvre du chorégraphe flamand.

Consciencieusement drapés dans la nudité de leurs seuls sous-vêtements (caleçons bariolés, ensembles de lingerie rouge ou bleu), les neufs danseurs de ce spectacle déroutant s’ébrouent, s’épient, s’auscultent comme le feraient les êtres frustres d’un peuple primitif. A la recherche des sensations que leur corps peut leur apporter, ils en font un moyen de communication collectif, balbutiant, sur fond de bruitages d’animaux, de voix sonorisées et amplifiées. Grand n’importe quoi, «foutage de gueule», diront certains… Bien au contraire, Out of context est une pièce importante qui marque un tournant dans l’œuvre du flamand . Débarrassé de l’esthétique populo-kitsch de ses premières pièces, puis de la démesure baroque de ses projets musicaux les plus récents, il va ici à l’essentiel, utilisant le corps de ses danseurs comme une matière vivante et malléable. Un bloc de glaise que l’on façonne.

Dans le studio flambant neuf de Gand qui a servi de lieu de répétition à ce spectacle étaient punaisés des œuvres d’Erwin Wurm, Berlinde de Bruyckere ou Hans Belmer. On retrouve en effet parfois les corps désarticulés, boursouflés, réinventés de ces plasticiens dans les mouvements des interprètes. Mais la remarquable singularité de Out of context tient à l’exceptionnelle plasticité des danseurs, tous excellents. Avec cette pièce, rejoint le clan des « idiots », analysés par Jean-Yves Jouannais en 2003 dans un livre publié par Beaux-Arts Magazine. Ils sont issus d’une longue lignée, allant du Dogme de Lars von Trier au cinéma aux chorégraphes Vera Mantero ou Meg Stuart.

Le spectacle culmine dans une hilarante scène de dance floor où chacun pousse à tour de rôle la chansonnette, rejoignant une «choré» collective plus proche de Mickaël Jackson que de Pina Bausch (quoique Rosalba Torres Guerrero chantant « I’m calling you » n’aurait pas déparé dans un spectacle de la chorégraphe allemande). La séquence se poursuit avec une reprise de la chanson Aïcha en play-back par un danseur asiatique aussi défoncé et désinvolte que dans une soirée karaoké. Un peu facile, mais tellement drôle ! L’hommage à Pina Bausch indiquée en sous-titre se niche à la toute fin du spectacle, quand Alain Platel monte sur scène, revêt une longue robe à bretelles blanche par dessus ses vêtements et chante My way paumes tendues vers le sol, avant de tranquillement retourner s’asseoir à sa place… Emouvant. Entre temps, chacun a repris son sérieux en se drapant à nouveau dans les couvertures roses du début.

Crédit photographique : © Chris Van der Burght

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