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Chopin authentique par Nelson Goerner

Notre société actuelle raffole des anniversaires et commémorations en tout genre qui rythment littéralement notre vie. Chopin n’échappe pas à la règle même si son œuvre est d’ordinaire énormément jouée en concert et enregistrée. Avec deux célébrations successives, le cent soixantième anniversaire de sa mort en 2009 et le bicentenaire de sa naissance en 2010, nous assistons à une avalanche de parutions qui frise l’overdose (nouveautés, rééditions). Certaines initiatives originales méritent néanmoins d’être encouragées. C’est le cas par exemple de l’Institut de Varsovie : elle a proposé à plusieurs pianistes de se partager l’enregistrement d’une intégrale sur deux instruments historiques, un Pleyel de 1848 et un Erard de 1849. Les œuvres enregistrées ici, les quatre Ballades et quelques Nocturnes, sont interprétées par sur le piano Pleyel. Chopin figurait d’ailleurs au programme de son premier disque paru chez EMI en 1997. Dans cette démarche comparable à celle des «baroqueux», il n’est cependant pas le premier à enregistrer les Ballades sur piano ancien (il existe une version de Cyril Huvé chez EMI, une autre d’Alexeï Lubimov chez Erato, une troisième très récente d’Arthur Schoonderwœrd chez Alpha), mais rarement le résultat n’aura été aussi probant.

Chopin compose en grande partie ces Ballades à Paris et dans la maison de George Sand à Nohant sur un piano Pleyel (entre 1835 et 1842) et l’on sait qu’il préférait l’intimité des salons aux salles de concert. L’instrument sur lequel enregistre Nelson Gœrner donne donc une idée assez fidèle de ce que souhaitait le compositeur. On est immédiatement séduit par la sonorité chaude de l’instrument, par la richesse des couleurs que le pianiste en tire. Les tempos ne sont pas particulièrement amples, Gœrner n’abuse pas du rubato, fait bien ressortir les grands contrastes dynamiques, l’alternance de moments calmes (sombres, mélancoliques…) et d’envolées lyriques. L’instrument montre néanmoins ses limites dans les passages forte ou fortissimo (agitato et sempre più mosso dans la première Ballade, Presto con fuoco de la deuxième, mesures 58 à 71 de la quatrième) et le pianiste fait un usage trop appuyé de la pédale dans l’Andantino de la deuxième Ballade.

Un disque très intéressant dans ce répertoire rebattu pour qui souhaite approfondir sa connaissance de l’univers de Chopin.