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Robin Ticciati et Brahms : Limites de l’humanité

Tudor poursuit sa collaboration avec l’. L’attention se concentre cette fois-ci sur , déjà remarqué en Grande-Bretagne et au Festival de Salzbourg. Le jeune chef connaît assurément le langage de Brahms, et, tout en cultivant la vivacité des tempi et la clarté des textures, il accorde à cette musique la rondeur des phrasés nécessaire à son épanouissement. La luminosité des couleurs est bienvenue dans les trois œuvres d’inspiration antique, car les sombres ruminations sur la puissance de la destinée y sont adoucies par l’humanisme du compositeur. Quant à la Rhapsodie pour alto, elle a rarement paru aussi naturelle dans sa progression tripartite vers un choral d’une légèreté réellement consolatrice. Comparée à l’ampleur et à la magnificence des lectures fameuses de Claudio Abbado et de Giuseppe Sinopoli (tous deux chez DG), celle-ci se distingue par une éloquence singulière : on s’en convaincra aisément en écoutant le prélude du Chant du destin, excellemment articulé et quasiment revisité. Admirable aussi, l’impressionnante marche du Chant des Parques, qui emporte les six voix du chœur jusqu’à l’apothéose, avant une conclusion toute de gravité sereine.

est servi par des ensembles de très haut niveau, comme en témoignent le superbe mœlleux du hautbois dans Nänie, ou les interventions précises et légères des cuivres. Quant au chœur, il a conservé les qualités qu’il montrait dans ces œuvres avec Sir Colin Davis (RCA) et avec Bernard Haitink (Orfeo) : transparence et homogénéité, diction parfaite, et surtout une qualité vocale qui donne une somptueuse plénitude aux longues phrases. est parfaitement accordée à la conception du chef, avec sa voix claire et souple, à l’aise cependant sur toute la tessiture. Elle semble contenir son timbre habituellement généreux, et même atténuer les consonnes, comme pour se placer dans la lignée de Kathleen Ferrier, qui n’avait pas, elle, la chance de disposer d’un chœur d’hommes aussi remarquable. On peut juger que sa sobriété s’approche trop du détachement, mais le ton tranquille et nuancé est bien celui du poème, dans lequel Gœthe se tient non comme une victime, mais comme un observateur de la mélancolie.

Sans réelle concurrence pour le format SACD, ce disque s’impose de toute façon par ses hautes qualités.

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