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Flaviano Labò, un ténor oublié

Les années soixante voient la scène lyrique italienne occupée par quelques grandes figures du chant qui tiennent la vedette. Giuseppe di Stefano, Mario del Monaco et dans une moindre mesure Franco Corelli sont les stars du moment.

Outre la scène, les studios d’enregistrement leur sont presque exclusivement réservés. Entre ces monstres sacrés et l’émergence des nouveaux venus que sont Luciano Pavarotti et Placido Domingo, une pléiade de ténors occupent tant bien que mal les scènes les moins en vue des théâtres italiens.

Le ténor fait partie de ces oubliés des studios. Si on ne lui connaît qu’un seul enregistrement «officiel» avec le Don Carlo de Verdi gravé pour Deutsche Grammophon aux côtés d’Antonietta Stella (autre oubliée), de Boris Christoff et d’Ettore Bastianini, il existe heureusement quelques captations en public de ses performances.

Cette Manon Lescaut de rend justice à l’extraordinaire voix de cet artiste. Sur la scène de sa ville natale, il campe un Des Grieux d’une générosité extrême. Ayant débuté sur cette même scène vingt ans auparavant, il offre ici la maturité accomplie de sa voix puissante et superbement timbrée. Jamais dans l’esbroufe, sa voix explose dans une sincérité désarmante. L’ampleur de sa voix brune, l’intensité de l’expression, la passion exprimée du texte sont quelques-unes des qualités majeures de ce ténor. Même si la qualité acoustique de cet enregistrement est loin de celle des studios, elle permet néanmoins de toucher à l’essence même de l’art que distribue à un public conquis. Le legato avec lequel il chante sa romance «Donna non vidi mai» est bouleversant de passion amoureuse, alors que son air «Ah on vi avvicinate» du troisième acte montre avec quelle authenticité il jette ses aigus dans le déchirement de l’abandon.

A ses côtés, la soprano roumaine Virginia Zeani (autre oubliée des studios !) apparaît telle qu’en elle-même : grande comédienne à la générosité vocale sans retenue. La voix est d’une grande beauté même si la qualité de la prise de son ne permet pas d’en apprécier toute la splendeur. Tout au plus, les quelques bonus de ce disque permettront aux amateurs d’apprécier la soprano dans des airs enregistrés en 1957 en studio des Puritani de Vincenzo Bellini et de La Bohème de . De même, Flaviano Labò jouit de deux plages de La Fanciulla del West de Puccini enregistrées en 1981. Quelle fougue, quels aigus, quelle générosité. Un ténor comme il en existait tant à cette époque. Des artistes qui, à chaque intervention, remettaient leur carrière en jeu pour le seul plaisir de donner leur art à la musique.

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