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Symphonie Alpestre : le retour du grand Haitink

Œuvre pour chef et orchestre virtuose, gigantesque montagne sonore, mais aussi torture pour chaines hifi qui peinent à en reproduire l’énorme étendue dynamique, la Symphonie Alpestre de nous revient ici sous la baguette expérimentée de , dans un SACD LSO Live, label du . Haitink avait gravé jadis pour Philips une autre version de cet œuvre avec son orchestre d’alors, le Concetrgebouw d’Amsterdam, mais dans les deux cas avec ses qualités de toujours que l’on retrouve intactes dans ce nouvel enregistrement.

Car si Haitink a pu parfois décevoir dans certains récents enregistrements à Chicago (Mahler ou Chostakovitch par exemple) ou Londres (symphonies de Beethoven), redite ou révision en moins bien de ses prestations précédentes de l’époque Philips, on le retrouve ici à son meilleur, maîtrisant la complexité technique de cette partition comme on l’attend du chef chevronné qu’il est, sachant emmener le LSO à son maximum sans rupture, illustrant magistralement chaque épisode de cette ascension alpine. D’ailleurs dans le «magistral», il rejoint la prestation récente de son successeur à Amsterdam, Maris Jansons, auquel nous reprochions une certaine réserve expressive au moins dans la première moitié de l’œuvre, tout comme ici nous pourrions regretter que cette pudeur qui a toujours caractérisé le style Haitink l’empêche de pousser cette partition dans ses derniers retranchements. On le perçoit dès le premier numéro Nacht (Nuit) au tempo assez retenu, à la progression irréprochable et à l’articulation limpide : c’est impeccablement fait, mais peut être manque t-il un poil de ce climat mystérieux et incertain caractéristique de l’obscurité finissante. De même l’épisode «Calme avant la tempête» reste un peu neutre, et à part sa toute fin, ne donne pas vraiment ces quelques signes avant-coureurs porteurs de leur petite dose d’angoisse. La tempête qui suit impressionne par sa conduite du discours et la performance de l’orchestre qui réussit à pousser le tutta la forza jusqu’au bout avec ce sursaut de puissance de la batterie parfaitement réussi (vers 2’40 et soit dit en passant beaucoup mieux perceptible en SCAD qu’avec le CD qui plafonne sur ce genre de passage). Mais autant la Tempête de Jansons filait littéralement «les pétoches» en nous plongeant dans le maelström autant celle d’Haitink nous la fait admirer en détail mais de l’extérieur.

Mais ne pinaillons pas trop devant la réussite globale car la performance est patente d’un bout à l’autre et, comparé aux versions récentes disponibles en SACD, ce disque LSO Live rejoint dans le niveau d’excellence Jansons (RCO) et Luisi (Sony), le LSO cédant légèrement sur la pure qualité des couleurs face au Concertgebouw de Jansons et à la tradition straussienne de la Staatskapelle de Dresde de Luisi, mais l’emporte nettement sur les autres.