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Magnus Lindberg : Graffiti et Seht die Sonne

Le label finlandais Ondine poursuit, avec fidélité, son anthologie dédiée à . Ce nouveau disque est dédié à deux belles pièces composées pour orchestre rehaussé, dans un cas, par la présence d’un chœur de chambre.

Tout comme John Adams, est un compositeur taillé pour l’orchestre et très prolifique en matière de grandes formes symphoniques. Au fil des opus, Lindberg ne cesse d’étonner par sa facilité à se jouer des contraintes instrumentales et à embrasser l’orchestre dans un raffinement sonore à la fois solaire et minéral.

Fruit d’une commande de la philharmonie de Berlin et de l’orchestre de San Francisco, Seht die Sonne (2007) requiert un orchestre plutôt massif évoque, par son titre, les Gurrelieder de Schœnberg alors que le compositeur avait en tête l’esprit symphoniste.

Composée en trois parties enchaînées, la pièce alterne des passages apaisés et des déchaînements de forces instrumentales. La masse orchestrale, sombre et granitique, s’éclaircit parfois par un geste auroral. L’extrême brio des textures et de l’instrumentation créent des alliages à la beauté froide mais à l’éclat incandescent. Ce qui reste fascinant réside dans l’assimilation de l’héritage sibélien (on pense parfois aux symphonies n°5 et n°6 du père de la musique finlandaise) mixé à une culture du son plutôt latine ; le résultat est une musique aux timbres ravageurs et au brio séducteur. Seht die Sonne, est incontestablement, une très grande pièce des années 2000.

Changement de sujet avec Graffiti (2009) dont le sujet et le texte viennent des graffiti retrouvés sur les ruines de la cité antique de Pompei et aux sujets variés : réflexions, insultes, avertissements, descriptions d’actes sexuels… Ces brides de phrases n’étant pas si loin de nos préoccupations matérielles contemporaines…. L’écoute de cette pièce évoque immédiatement les Noces de Stravinsky par un certain archaïsme dans le traitement massif et contrasté des masses vocales et chorales mais toujours avec cette richesse des sonorités qui fait la signature du Lindberg. Le compositeur, en quelques mesures, sait contraster ses effets passant des tutti massif à un échange dosé et chambriste : un accord de piano, un trait de basson succèdent aux déchaînements avec un rare sens de l’évidence dans la construction.

, est un fidèle du compositeur et un chef rompu aux musiques scandinaves et contemporaines, il sait faire briller son orchestre de la radio finlandaise. Le chœur de chambre d’Helsinki, très sollicité, impose sa projection et sa puissance, même s’il ressent quelques fatigues vers la fin de la pièce.

Après l’incroyable City Noir de John Adams, Magnus Lindberg nous montre encore que l’orchestre est toujours une source d’inspiration sans commune mesure !