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Nielsen : Serenata invano

Serenata invanoSérénade en vain – est une bagatelle tout à fait adorable, savoureuse et bien dans la veine humoristique du plus important compositeur danois de l’époque. Trouvant son origine dans une opportunité inopinée, elle rencontra un succès qui dépassa de loin ce que les conditions de son élaboration pouvaient laisser espérer.

Des membres de l’Orchestre de la Chapelle royale (Det Kongelige Kapel) de Copenhague devaient partir en tournée en Jylland (Jütland en allemand). Le clarinettiste solo s’appelait Christian Skjerne (1854-1927) et fut membre de cette phalange entre 1886 et 1922. Le cor revenait à Peter Robertson (membre de l’Orchestre royal entre 1894 et 1922), la contrebasse à Carl Skjerne, le basson à Carlos Espersen (1890-1983) (il succéda à Knud Lassen au Théâtre royal en 1917) et le violoncelle à Rudolf Dietzmann (1895-1949) qui travailla à la Radio danoise.

Ils avaient programmé, entre autres, le Septuor op. 20 de Beethoven. Cette partition du maître de Bonn composée en 1799-1800 requérait la participation plutôt inhabituelle des instruments suivants : violon, alto, violoncelle, contrebasse, clarinette, cor et basson.

Les musiciens cherchaient, afin de compléter leur programme dans un registre similaire, une autre partition.

Depuis plusieurs années un certain Anton Hegner (1851-1923) était responsable d’une tournée estivale de plusieurs instrumentistes de l’Orchestre royal dans les provinces danoises dans le but de présenter et de proposer à un public en général non averti et souvent éloigné de toute source musicale un certain nombre de partitions de musique de chambre pour grands ou petits ensembles de cordes et de vents. Contrebassiste du groupe et ami du compositeur, il fit part à ce dernier de son projet.

ébaucha à grands traits un scénario qu’il proposa à ses collègues musiciens. Dans sa romance encore à peine esquissée, il proposa d’envoyer les musiciens au son d’une musique d’allure décidée jusqu’au balcon d’une femme afin d’attirer son attention et bien sûr de la charmer – car l’un d’entre eux en est amoureux. Malheureusement elle ne se montre pas. Ils jouent alors une section légèrement langoureuse, sans plus de succès. Ainsi ont-ils joué en vain. Dépités, ils décident de retourner chez eux au son d’une musique, une petite marche traînante, qu’ils finissent par interpréter avec amusement et semble-t-il sans rancune aucune.

Nielsen imagina une composition nécessitant une clarinette, un cor, un basson, un violoncelle et une contrebasse. Par rapport à la musique de Beethoven il n’utilisait pas le violon et l’alto. Dès l’abord il conçut, compte tenu des possibilités de cette association, a priori plutôt pataude et lourde, quelque chose de lié à l’esprit de la sérénade abordée sous un jour humoristique.

L’esprit de cette partition avait une certaine dette envers un Prélude pour piano intitulée La sérénade interrompue (Livre I, 1910-1913) de Claude Debussy (1862-1918). Dans la perspective du Danois les aspects spirituels tiennent assurément la vedette.

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