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Une Saint Mathieu osée mais inaboutie par Riccardo Chailly

Au disque, Riccardo Chailly s’était déjà aventuré par le passé dans l’univers de Bach, mais à travers des arrangements de Mahler, Webern ou Berio. Ayant pris la direction de l’Orchestre du Gewandhaus de Leipzig en 2005, la tentation était grande de programmer certaines de ses œuvres, la formation ayant une longue tradition d’interprétation de ce répertoire. En digne successeur de Günther Ramin (1941, Electrola) ou Rudolf Mauersberger (1970, Berlin Classics), il publie donc une Passion selon Saint Matthieu, sur instruments « modernes » et avec des voix d’enfants dans les chœurs, une rareté à l’heure actuelle.

Même s’il ne s’agit pas de son univers à priori, le chef s’est approprié ce qu’ont apporté les baroqueux, du moins en termes d’allègement de l’effectif, comparable en cela à Michel Corboz ou Peter Schreier il y a quelques années. Il adopte même des tempos (trop) rapides, l’œuvre tenant sur deux disques ! Malheureusement, Chailly ne va pas au bout de la démarche et passe à côté de l’aspect dramatique, théâtral : c’est bien sage, plat la plupart du temps. L’orchestre sonne bien cependant, et l’on apprécie les différentes interventions d’instruments solistes, flûte, hautbois, violon, viole de gambe…

La distribution vocale est correcte mais sans plus. Johannes Chum est un Évangeliste manquant d’expression et les aigus sont assez tendus. Le Jésus d’Hanno Müller-Brachmann est également assez neutre, monotone. Dans les récitatifs accompagnés et airs, se détache assez nettement la soprano Christina Landshamer. Le timbre de la voix est beau, la projection aisée, notamment dans le bref récitatif Wiewohl mein Herz in Tränen schwimmt ou dans l’air particulièrement touchant Aus Liebe will mein Heiland sterben. Mais la grande force de cet enregistrement réside surtout dans la qualité des chœurs, à la fois acteurs du récit et commentateurs de la narration. Le Thomanerchor Leipzig et le Tölzer Knabenchor sont remarquables en termes de couleur, d’homogénéité, de souplesse, d’expression dans les deux grands chœurs (Kommt, ihr Töchter, helft mir klagen et Wir setzen uns mit Tränen nieder), tout comme dans les nombreux chorals harmonisés.

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