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Le souffle agogique de l’orgue de Bach par Kei Koito

L’organiste japonaise Kei Koito, aujourd’hui installée à Lausanne, nous a déjà proposé par le passé quelques enregistrements d’exception consacrés à Buxtehude, Bach et quelques auteurs français dont Gabriel Nivers. Elle nous revient en force avec un album consacré à Bach sur son orgue fétiche : le grand Schnitger de Groningen. Ce volume porte le numéro 1, ce qui laisse espérer une suite attendue déjà avec impatience, compte tenu de l’attrait ce celui-ci.

D’entrée de jeu, l’auditeur est saisi par les accents du grand Prélude et fugue en mineur, écrit à Leipzig vers la fin de la vie de Bach, et qui sonne ici dans toute sa force. L’impression est que finalement ce n’est peut être plus de l’orgue que nous écoutons, mais tout simplement de la musique, libérée de cette grosse machine à tuyaux. Le jeu est à la foi direct, percutant, et profondément lyrique. Jamais une telle œuvre n’avait pris autant de relief sous des doigts et des pieds aussi complices. Nous retrouvons là le travail réalisé par cette artiste auprès d’orchestres baroques dont le Musica Antiqua de Cologne. L’orgue en devient orchestral, mais au sens baroque du terme, c’est-à-dire foisonnant d’accents, de rythmes, et de toute cette rhétorique qui nourrit le discours en profondeur. La suite du récital est de la même veine, les chorals sont aériens, comme dansés littéralement, la partita «Sei gegrüsset» est balancée comme une grande arche culminant dans les deux dernières variations. Quelques transcriptions de la main de l’artiste viennent encore exciter la curiosité de l’auditeur, comblée au possible.

Cet album bénéficie d’une prise de son comme on les aime pour ce genre de musique : franche et directe, comme pour un ensemble d’instruments.

L’orgue de Groningen rutile de mille feux, au service d’un art de la registration complètement aboutit. Kei Koito a des choses à nous dire, et le clame haut et fort. Elle est «dionysiaque», comme d’autres de ses confrères, par cette liberté totale du souffle, s’opposant parfois à ceux que l’on dit «apolliniens». Ce sont deux approches passionnantes dans l’œuvre d’orgue de Bach. A l’écoute de ces plages, on se dit que l’orgue de Bach a encore beaucoup à nous faire découvrir, et que l’on pourra encore longtemps continuer à l’enregistrer. A ce titre, il faut souhaiter ardemment une suite à ce premier volume vraiment d’une grande réussite.

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