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Mario del Monaco à Moscou

Alors que la propagande américaine d’après-guerre inondait l’Europe avec ses spectacles de «Holiday on Ice» et autres spectaculaires basketteurs des «Harlem Globe Trotters», la Russie se montrait tout aussi prolixe avec son impressionnant «Ballet Moïsseïev». Les échanges culturels allaient bon train. Tirant parti de ces bienfaits, la troupe de La Scala de Milan s’est plus d’une fois vue invitée à se produire à Moscou. Des productions souvent fabriquées à la va-vite où l’on n’était pas trop regardant aux mises en scène. Qu’importait le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.

Ainsi, en 1959, est invité pour une série de représentations de Carmen (avec une jeune et formidable dans le rôle-titre), en alternance avec I Pagliacci. C’est à l’occasion du cinquantième anniversaire de cette visite que le label Melodya a édité ce dernier opéra jamais paru jusqu’ici.

D’entrée la surprise ! I Pagliacci est chanté en russe ! Mais dès le Prologue, la voix magnifique du baryton d’Alexey Ivanov (Tonio) laisse facilement imaginer que l’opéra de Leoncavallo a été écrit pour la langue russe. Les choses sont un peu moins évidentes avec le Chœur qui a de sérieuses difficultés à chanter…en chœur. Puis c’est l’entrée du Canio de . En italien ! Ainsi tout au long de la soirée, on assiste à une étrange représentation bilingue. Bien sûr, fidèle à son habitude , en grande forme vocale, tire néanmoins la couverture à soi en s’offrant une longue pause «pleureuse» à la fin d’un Vesti la giubba superbe afin d’être présent pour la récolte des applaudissements qui, néanmoins saluent sa formidable prestation. Si la Nedda de Leocadia Maslennikova est d’une mutinerie exaspérante, l’Arlecchino du ténor Nikolay Timchenko est admirable de phrasé et de sensibilité.

Dans la fosse, Vassily Nebolsin dirige d’une main experte un orchestre du Bolshoi dont la sonorité des pupitres reste discutable en dépit de leur grande expérience du répertoire lyrique.