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The show must go on : Le bal moderne

La vedette de ce spectacle ? Un ingénieur du son installé dans la fosse qui passe imperturbablement des tubes, insérant chaque CD l’un après l’autre. Sur scène, il ne se passe rien… ou presque, mais c’est très drôle. Culture populaire, société du spectacle et individualisme sont passés au crible dans ce show non spectaculaire.

Dans The Show must go on, créé par le chorégraphe en 2007 pour les danseurs du , le spectacle n’est pas sur scène, il est dans la salle. Le public reprenant en chœur les refrains des tubes qui passent en boucle, agitant dans le noir briquets et téléphones portables allumés, dansant même dans les travées, invectivant les danseurs… le tout dans une ambiance bon enfant. Il faut dire que, sur scène, il ne se passe pas grand chose. Deux ou trois tubes (Tonight, Let the sunshine in) défilent avant que les danseurs ne pointent le bout de leur nez sur Come together. Let’s dance de The Police les fait danser enfin, comme sous les spotlights d’une discothèque, en tenue de tous les jours. A travers ce simple échantillon de mouvements, personnalités et générations différentes de danseurs s’expriment déjà.

Au fil du spectacle, enchaîne les propositions décalées (« I like to move it » pour bouger une partie du corps, la scène culte du film « Titanic », bras en croix face à la mer ou un « Yellow Submarine » entonné depuis la fosse éclairée en jaune). Il goûte aussi le premier degré (« Ballerina Girl » pour des ports de bras classiques, la « Macarena » comme au Club Med ou des danseurs qui s’enlacent sur « Into my arms »). Alors que la pile de CD continue à descendre, l’ingénieur du son connaît son heure de gloire, quittant sa platine CD pour rejoindre le plateau sur « I’m a body dancer », trouvant même le courage (il est obèse) de monter le son et de braquer sur lui les projecteurs.

Pour apprécier pleinement ce spectacle souvent drôle, il est préférable de comprendre l’anglais, les paroles des chansons diffusées étant le seul élément signifiant de la mise en scène. Ce procédé de transcription littérale rappelle « Shirtologie » qui mettait en scène le lent empilement de tee-shirts à messages. S’appuyant sur un éloge de la culture populaire anglo-saxonne – partagée par tous -, tout en critiquant l’individualisme de chacun, réfugié dans la bulle sonore d’un lecteur MP3, Jérôme Bel joue néanmoins avec ce spectacle gonflé un jeu dangereux. Après tout, a t-on encore besoin des artistes ? Une bande son suffit. A la fin, le public s’applaudit lui-même, car c’est lui qui a fait le spectacle…

Crédit photographique : © Michel Cavalca

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