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Sol Gabetta imprime sa marque

Comment ne pas évoquer spontanément avec émotion et nostalgie la figure emblématique de Jacqueline du Pré, disparue en 1987, victime de la sclérose en plaques, dès lors que l’on évoque le violoncelle en général et en particulier le magnifique Concerto d’, enregistré par elle en 1965 avec l’Orchestre symphonique de Londres placé sous la battue inspirée de Sir John Barbirolli (EMI) ! Mais ne serait-il pas particulièrement injuste de ne pas ménager un espace critique, débarrassé de trop de préjugés, en faveur des artistes d’aujourd’hui ?

Ce sera chose faite, au moins partiellement, avec l’accueil que l’on se doit de réserver à une jeune violoncelliste d’origine argentine, née en 1981, . Précoce, détentrice de nombreux prix, elle se fait acclamer lors du Festival de Lucerne 2004 en compagnie de l’Orchestre Philharmonique de Vienne et Valery Gergiev, puis parachève ses études au plus haut niveau avant de se lancer dans une brillante course aux concerts sur tous les continents avec d’excellentes phalanges, lors de fameux festivals aussi. Elle en crée d’ailleurs un, consacré à la musique de chambre, «Solsberg», en Suisse. Après un premier enregistrement remarqué (Tchaïkovski, Saint-Saëns, Ginestera) avec l’Orchestre de la radio de Munich dirigé par Ari Rasilainen, suivi d’un second acclamé aussi consacré à Vivaldi, puis deux autres mettant en avant, ici Chostakovitch (Clef ResMusica), là des mélodies et airs d’opéra (Offenbach, Bizet, Tchaïkovski) arrangés pour son instrument (un précieux Guadagnini de 1759) et enfin une session gravée proposant trois concertos (Joseph Haydn, Leopold Hofmann, W. A. Mozart).

Tout récemment, en novembre 2009, confie à la postérité le présent CD. On revient naturellement au Concerto en mi mineur d’Elgar abordé avec détermination et pudeur, solidité et grande maîtrise. Un bon moment d’écoute jamais englué dans un pathos excessif, complété par trois autres pièces secondaires mais fort agréables, du même compositeur, dont l’inaltérable, ressassé et toujours très romantique Salut d’amour. Décidée à élargir son champ d’investigation, Sol Gabetta joue de Dvořák deux pièces contrastées, virtuoses certes, mais comme toujours chez ce Bohémien, empreintes de mélancolie et de pétulance alternées. Elle les traduit avec classe et nous étonne encore dans un Adagio avec variations (1924) d’ tout en relief, coloré et éloquent. L’Orchestre Symphonique National Danois et son chef suisse Mario Vengazo, aux pedigrees avantageux, escortent la soliste avec énergie et générosité. Un second CD en bonus fera découvrir à beaucoup Recueil pour violoncelle seul du Letton , œuvre de 1978 alliant une certaine modernité à un riche passé romantique et balte revendiqué mais métamorphosé. Un authentique potentiel exploité avec intelligence et tact au bénéfice d’une anthologie qui fera date.