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Tout le mythe Kleiber en vidéo

Alors qu’il aurait célébré ses quatre-vingts ans cette année, le légendaire est au cœur d’une belle opération commerciale de DGG, qui réédite, en deux coffrets ultra-économiques, ses legs en disques et en vidéos.

Le gros coffret de DVD reprend donc la totalité de ses captations vidéographiques : des concerts symphoniques, une Chauve-souris et deux versions du Chevalier à la rose (Munich, 1979 et Vienne, 1994). On ne prend pas beaucoup de risques en écrivant que cette somme est un incontournable absolu de l’histoire de la musique et de l’art de l’interprétation…

Dans les deux concerts du nouvel an (1989 et 1992), n’a jamais été égalé dans cette simplicité et cette nonchalance à la fois bonhomme mais toujours précise. Même si on déteste cette musique, rabâchée à l’excès et souvent galvaudée par des interprétations aux effets « 80% de matière grasse », le chef impose ici une évidence de ton qui ne cesse de fasciner. Le trait n’est jamais épais, et les valses et polkas virevoltent et fusent avec une grâce innée.

On reste toujours à des altitudes élevées avec trois concerts symphoniques captées à la tête de la philharmonie de Vienne et de l’orchestre d’état de Bavière. Là encore, ces prestations sont exceptionnelles par la précision du geste, l’élégance et la noblesse du style et les couleurs des orchestres. La symphonie « Linz » de Mozart est ainsi traversée par une lumière racée avec des tempi cernés avec un sens naturel de la respiration des phrases qui resplendit par les teintes velourées de la philharmonie de Vienne. Les symphonies de Brahms (n°3 et n°4) ou de Beethoven (n°4 et n°7) avancent avec cette même énergie universelle.

Du côté des opéras, le chef fait pétiller une Chauve souris et se joue des contrastes en clair-obscurs du Chevalier à la rose. Si le côté réaliste de la mise en scène de la Chauve souris fait souvent sourire, les mises en scène, d’Otto Schenk de l’opéra de Richard Strauss ont beaucoup plus de mal à survivre aux poids des années…Mais la vérité est ailleurs, même avec des équipes de chanteurs inégales, le roi est le chef d’orchestre qui fait de ces interprétations des merveilles orchestrales avec, comme toujours, un fini étincelant dans les tempi et les détails.

Il va de soi que la technique du son et des images à plutôt vieilli par rapport aux standards actuels. Les concerts sont filmés (souvent par Brian Large) de manière fortement académique. Dans l’absolu, ce n’est pas grave tant la gestique de Carlos Kleiber est (à l’inverse de près la totalité des chefs), un modèle d’intention, de précision et d’élégance. Avec un contrôle total de la technique de direction, la moindre inflexion des mains ou des doigts est automatiquement traduite en nuances. Du côté des opéras, la réalisation est encore plus académique et peine à marquer les carences des mises en scène.

Mais, si l’on accepte les limites techniques, propres à l’époque, ce coffret est un pilier, une fondation même, de toute vidéothèque musicale. Le DVD de musique classique reste un genre assez cher, dès lors, à ce tarif « low cost », il est impensable de faire l’impasse.

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