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Martha Argerich électrise le Mozarteum

L’ouverture du cycle de musique de chambre était très attendue au Mozarteum. Il faut dire que pour fêter les quatre-vingt-dix ans de la création du Festival et le cinquantenaire de l’actuel Festspielhaus, Salzbourg a vu grand : des expositions célèbrent Hugo von Hofmannsthal, et leurs successeurs à travers toute la ville, tandis que la programmation, ambitieuse, s’articule autour de la thématique de l’affrontement mythique entre les dieux et les hommes.

fut bien la déesse incontestée de cette soirée : à défaut de combat de Titans, ce fut une rencontre au sommet. Comme à l’accoutumée, elle avait réuni un aréopage amical (Maisky, les Capuçon), familial (sa fille Lida) et intergénérationnel. Remercions Markus Hinterhäuser d’avoir fait de Schumann la figure de proue du programme. Son bicentenaire ne pâtit pas ici de celui de Chopin (preuve en sont les quatre symphonies, cette semaine, par la Camerata de Salzburg).

Sans voler la vedette à ses partenaires, tient son auditoire en haleine à travers toute la palette des contrastes schumanniens. Le finale de la Sonate pour piano et violon n°1, avec le jeune violoniste Géza Hosszu-Legocky, sonne de façon fantasmatique, quasi hoffmannienne, tandis que propose un Adagio et Allegro des plus passionnés. Des salves d’acclamations accueillent le Quintette, auquel il ne manque qu’une présence plus affirmée de l’alto pour emporter totalement l’adhésion. On passera sur la Sonate pour violoncelle et piano de Debussy, dans laquelle , tunique turquoise électrique, manque de fantaisie : le véritable clou de la soirée fut, en fin de première partie, le Trio n°2 de Chostakovitch. Martha Argerich et les frères Capuçon font du largo central un long thrène poignant, transformant le piano en glas funèbre et les cordes en voix. Dans le final, intense, ils trouvent le parfait équilibre entre le caractère implacable de la pulsation (spectre glaçant de l’histoire contemporaine) et la liberté qui sied à l’esprit des thèmes populaires juifs. Un sommet d’émotion.

Martha Argerich & © Wolfgang Lienbacher