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Beethoven, classique et moderne

Après le grand succès de son intégrale des sonates pour piano du Grand sourd, le brillant pianiste se voit offrir l’opportunité de graver l’intégrale des concertos pour piano et orchestre. Opportunité car, crise du disque oblige, les labels hésitent de plus en plus à se lancer dans une telle aventure tant la discographie est d’un niveau élevé et barrée par des références incontestables. Seuls les volumes, enregistrés par Ronald Brautigam et Andrew Parrott pour Bis s’imposent comme l’unique apport à la discographie de ces concertos depuis la dernière version d’Alfred Brendel et Simon Rattle (Philips).

Contemporaines, les versions Brautigam et Lewis sont pourtant opposées. Le pianiste néerlandais cherche à apporter au piano moderne ses expériences du pianoforte accompagné par un chef qui recherche l’énergie et allège les effectifs tandis que et poursuivent une tradition classique à la fois plus cossue et volontairement plus étoffée dans les tutti, ce qui débouche sur un excès de massivité dans l’accompagnement, surtout dans le concerto n°5.

L’ascension de cet Everest commence idéalement avec des concerti n°1 et n°2, altier, bondissants, juvéniles mais qui sous tendent déjà l’évolution stylistique du compositeur. Le pianiste impose un toucher conquérant, d’une grande variété de dynamiques et de couleurs ; l’orchestre, est quant à lui, enthousiasmé par le jeu du pianiste et lui sert un service sur mesure avec, une petite harmonie, admirable de justesse, de phrasés et de timbres. On atteint, dans ces deux partitions, un modèle de Beethoven dionysiaque et apollinien.

Certainement captés lors d’une autre session, les concertos n°3 à n°5 sont moins unis dans la vision soliste/chef. Dans le concerto n°3, l’introduction orchestrale ample et puissante s’avère assez lourde, mais dès l’entrée du pianiste, l’orchestre se colle sur le soliste qu’il suit dans ses inspirations contrapuntiques. Les couleurs de son jeu et surtout son travail sur les contrastes et dynamiques, ce cessent d’attirer l’attention. Si le concerto n°4, poursuit dans cette veine avec un «rondo vivace» pianistiquement admirable, tout en clair-obscur noble et savant, le concerto n°5 amène quelques réserves. Chef et soliste tournent véritablement la partition vers le futur, impulsant une massivité et un impact qui maintiennent l’attention, mais qui ont tendance à lasser au fil des mouvements.

Au final, on admire Paul Lewis qui impose une vision à la fois classique mais intelligente, intellectuelle et réfléchie. L’orchestre, attentif et concentré, est un partenaire convainquant même s’il manque parfois de finesse. On tient donc une très belle intégrale, témoignage d’un pianiste majeur des années 2000.

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