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Esa-Pekka Salonen, un grand mahlérien !

Même si l’on est un admirateur d’ (ce que l’auteur de ces lignes concède volontiers), force est de constater qu’on ne l’aurait jamais considéré comme un interprète majeur de . Jusqu’à ce disque, son apport à la discographie Mahler est assez maigre. Si l’on passe sur deux curiosités exotiques : la symphonie n°4 avec Barbara Hendricks et le Chant de la Terre avec Domingo, son enregistrement de la symphonie n°3, à Los Angeles, s’avérait assez sec et monotone. Changement complet de ton et d’orchestre avec cette exécution de concert de la symphonie n°9.

Salonen dirige en compositeur et recherche plus la modernité de l’écriture qu’une filiation émotionnelle. Mais son geste, plutôt rapide car le chef dirige l’ultime symphonie en moins de 80 minutes, s’avère logique et surtout passionnant. Jamais froid ou exagérément analytique (genre Rattle qui s’écoute parfois diriger), Salonen avance sans relâche, soulignant dans les tutti, la force du geste Mahlérien et soignant les angles. Ses mouvements centraux, sévèrement burinés sonnent avec toute la rage et l’implacable mécanique requise. Certes, les intentions sont moins acides qu’avec Bernstein (DGG) ou Ancerl (Supraphon), mais l’impact reste équivalent. Logiquement moins brassés que chez d’autres interprètes, les mouvements d’introduction et de conclusion sont tout aussi conquérants avec une absence de résignation et un esprit combatif qui fait exploser les paroxysmes et creuse la masse orchestrale tout en travaillant les équilibres et les contrastes. Le Philharmonia tient le choc et fait vrombir ses pupitres. Sans avoir les couleurs d’Amsterdam, Vienne ou Berlin, ses teintes assez mates et tranchantes servent la vision du chef.

Salonen livre donc une grande version qui s’impose comme une référence moderne aux côtés des disques de Rattle (EMI) et Boulez (DGG).