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Corelli par Enrico Gatti ! Un message d’éternité

L’Ensemble Aurora rend hommage aux sublimes Sonates da chiesa de l’Archange bolonais. se fait ici l’ange de l’Archange, le messager du Messager. Il nous donne à savourer les moindres attraits de ces pièces, en nous invitant à les découvrir dans un esprit de contemplation. La lenteur semble être une vertu a priori méprisée quand on consacre sa vie au rendement et, qu’en matière de musique, on cherche d’abord à se saouler de et avec le bruit. Pourtant, comme le dit si bien , « Lorsqu’on humilie la lenteur on humilie l’âme, cette qualité sans laquelle une société meurt d’asphyxie ou de vulgarité ». De fait, la lenteur a raison d’effrayer de prime abord le contemporain car, bien plus qu’à modifier notre appréhension sensorielle de la musique, elle oblige l’auditeur à contempler plus qu’à voir, à écouter plus qu’à entendre. Gatti nous montre toute la richesse qu’apporte ce geste humble et dévoile ainsi la beauté lumineuse de ces Sonates.

La lenteur ainsi adoptée par les musiciens permet la maîtrise absolue du jeu et met en valeur une musique qui est elle-même le fruit d’une longue maturation. Les quatre mouvements de danse, composant les sonates, sont à la fois courts et enlevés, offrent des couleurs musicales chatoyantes, attractives, subtilement contrastées. L’alchimie du trio est parfaite, leurs voix s’entremêlent, se dédoublement pour s’unir à nouveau sans jamais rien perdre de leur identité. “Mais La beauté ne se résume pas à l’harmonie ou à la perfection de la forme, [elle] pousse l’intelligence à découvrir ce qu’elle dissimule”. Les mouvements lents des sonates sont de véritables instants de grâce : le programme s’ouvre, tel une aube naissante, sur le premier mouvement de la Sonate en ré majeur, lorsque les notes du premier violon, puis l’autre donnent leurs premiers accords, portés par les accords ascendants de l’orgue. Cette lenteur sert de tapis sonore au raffinement des ornements, comme ciselés dans le cristal, précis, magnifiés par l’excellente prise de son. Puis les voix s’animent sans brusquerie ni agressivité, dans des passages plus rapides et puissants.

L’expressivité des mouvements, touchant au plus intime des désolations intérieures, évoque presque tous les sentiments humains. Du solaire « Vivace » de la Sonate n°6 à l’intimiste Grave, le magnifique jeu des dissonances des deux violons suscitent une émotion rare et unique. La lenteur du « Largo » de la Sonate n°8 est un parti prix interprétatif qui se défend très bien, et qui n’entame pas la légèreté et le caractère enlevé de l’Allegro. Et que dire du somptueux premier mouvement de la Sonate n°12, si serein dans sa virtuosité, enchaînant avec brio et naturel les passages rapides de l’Allegro.

Il y aurait encore tant de charmes à décrire dans ces Sonates, mais quoi qu’il en soit, nous dit comment trouver la Vérité en nous donnant la Beauté à contempler, dans un grand geste sacré, intense, profondément médité. Arcana a été très inspiré de rééditer ces sonates, et ajoute encore à la beauté musicale par la richesse de contenu du livret. Une production d’exception, que l’on peut écouter (et acheter) les yeux fermés. Grazie Arcana !