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Thierry Escaich, la musique basque et l’orgue

Ce disque est l’image sonore d’une rencontre étonnante entre la musique traditionnelle basque et l’orgue, tout simplement. Il est vrai que le nom même de excite la curiosité, et l’envie est pressante de découvrir ce que ce génial improvisateur va nous offrir. L’attente est à la mesure du résultat. Tout ici est nouveau, à commencer par l’orgue construit sur un solide projet, achevé en 2009, cet enregistrement étant l’écho de son inauguration. La musique prend ici ses sources dans la musique traditionnelle basque clairement énoncée par José Ignacio Ansonera, l’un des meilleurs joueurs de txistu, la petite flûte basque accompagnée d’une petite percussion. Enfin, l’approche inédite des improvisations dans ce contexte de thèmes sans doute encore jamais traités de la sorte est une expérience inédite. Tout ceci constitue une alchimie d’une rare beauté et d’une réussite musicale totales.

Le facteur d’orgue allemand Gerhard Grenzig, installé en Catalogne depuis de nombreuses décennies a construit et restauré une foule d’instruments en péninsule ibérique, c’est dire sa grande connaissance et ses compétences en la matière. Il propose ici un orgue tourné vers l’avenir, en conservant comme il se doit de nombreuses caractéristiques liées à l’esthétique de l’orgue espagnol : un plein jeu particulier, une série de flûtes constituant le jeu de tierce, des jeux divisés en demi-registres, des anches en chamade, et en l’augmentant de qualités venues d’autres écoles. Magnifique instrument que se plait à nous faire découvrir au travers de ses timbres très marqués dans l’ensemble. Le discours musical est dense comme d’habitude avec cet artiste : nous retrouvons son style, caractérisé par une harmonie très recherchée, une rythmique reconnaissable entre toutes, proche parfois d’une certaine frénésie. Son langage musical est toujours très abordable, il sait nous toucher profondément. C’est un discours qui se comprend toujours, et nous parle au plus profond de notre être. La musique de est comme toute musique devrait être : familière et conçue d’un trait pour nous dire l’essentiel et nous séduire. Certaines de ces improvisations sont jubilatoires, comme une source jaillissante, il y a là une utilisation rare d’un orgue, et cela mérite de s’y attarder. Notons que la prise de son «live» de Christoph Frommen est de tout premier ordre, comme à l’accoutumée avec cet ingénieur du son.

Pour sortir un peu des sentiers battus, voilà le disque rêvé.

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