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Son et lumière au Festival d’automne à Paris

Au milieu de la salle, une allée constituée d’une arcade de tubes au néon ; les instruments sont disposés sur les deux côtés de l’allée : à gauche, le piano, les flûtes, les clarinettes, le premier groupe de percussions, la contrebasse ; à droite, le violon, le violoncelle, le trombone, le second groupe de percussions. Au début, un solo d’orgue à bouche «shô», de gagaku, musique millénaire de la cour impériale japonaise. La célèbre joueuse de cet instrument, Mayumi Miyata, fait la démonstration de deux chôshi (Banshikichô et Sôjô), que l’on pourrait traduire approximativement par «tonalité». Pendant de longues minutes, sous les lumières progressivement changeantes, elle se déplace lentement au fond de la scène et le long de l’allée, prolongeant chaque note sans interruption (l’orgue à bouche permet de sortir un son continu à l’aspiration et au souffle).

Suit immédiatement 4D, premier morceau d’Etheric Blueprint Trilogy de la compositrice japonaise Misato Mochizuki, la dernière note du Sôjô correspondant à la première du 4D. Tintement et entrechoquements de verre, sifflement dans une bouteille de vin, «tape» sur le clavier du piano avec les cordes étouffées, ou encore «clics» des clés de la flûte ou de la clarinette… ces sons presque imperceptibles et appartenant au domaine du bruit alternent avec ceux plus «musicaux» des instruments à cordes et à vent. Dans Wise Water, différents bruits d’eau font partie intégrante de l’œuvre, réalisant une belle communion entre éléments naturels et sons «artificiellement» composés. Le dernier morceau, Etheric Blueprint, qui sert également de titre générique à la trilogie, est dominé par des bruits évoquant l’air, notamment en agitant des panneaux acryliques. On entend à certains moments des bruits ou notes répétitifs, à d’autres, des citations de musique du passé (Bach, Brahms, Bob Marley…), tellement brèves qu’elles passent inaperçues. L’auteur explique que ces trois pièces sont, «d’une certaine manière, l’évocation du plan divin» qui communique avec nous à travers les éléments : l’eau, la 4e dimension invisible… Durant toute l’exécution, les lumières se transforment constamment, en douceur.

Une union réussie entre deux musiques, l’une codée et traditionnelle et l’autre libre et contemporaine. Mais ce n’était pas pour autant une soirée de musique japonaise, c’était avant tout un spectacle «son et lumière» haut de gamme.

Crédit photographique : Misato Mochizuki © DR

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