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La Truite rebutée, il trouva du Verdi !

De la musique de chambre entre Autrichiens ! C'est l'assurance d'un concert réussi, quitte à ne pas sortir d'un académisme strict. L'affiche est elle-même à moitié autrichienne, mais c'est l'autre moitié qui va faire le charme du concert.

L', composé de Rainer Honeck, Raimund Lissy (violon), Peter Götzel (alto) et Joseph Niederhammer (contrebasse), ose du Verdi revu par Toscanini en première partie. Un Quatuor à cordes signé par un auteur d'opéras intrigue, mais l'arrangement pour quintette par un chef d'orchestre excite ! Toscanini a en effet adjoint une contrebasse aux deux violons, à l'alto et au violoncelle de la partition originale. Le violoncelliste, c'est , qui fait excellente figure parmi les membres de la formation initiale. S'illustrant par son archet plaintif, tirant de son instrument des sons très proches d'une voix humaine, Müller fait planer un lyrisme d'opéra. C'est le supplément d'âme d'un Ensemble mené sous hypnose par le premier violon Rainer Honeck. Celui-ci prodigue à son Stradivarius ex-Hämmerle (1709) de tendres et mélodieuses caresses. C'est du très beau violon, qui justifie amplement l'ascendant de Honeck sur ses partenaires. Mais le répondant ne vient pas et le quintette tourne au dialogue avec le violoncelle.

L'alliage tient bon jusqu'au dernier mouvement, où il se dissout dans la fugue, forme d'écriture qui isole les musiciens et les prive de la tutelle de Honeck. Mais on préfère expliquer la légère confusion qui suit par le rythme endiablé de ce redoutable Scherzo, qui clôt une œuvre étonnante, aux dimensions presque orchestrales. Une œuvre poétique, aimable, chantante, dans le meilleur goût italien. On remercie les cinq artistes pour la demi-heure de soleil !

«La Truite» de Schubert nous ramène vers de plus vertes prairies, alors que, sur scène, le paysage se modifie également : le violoniste Lissy fait ses adieux tandis que s'installe au piano. Ce quintette au nouveau visage convainc moins que le précédent. Honeck, encore essoufflé, manque un peu de fraîcheur : dans un diminué d'un de ses membres et augmenté de deux comparses extérieurs, le violoniste du Philharmonique de Vienne n'a plus la même éminence. Quant au pianiste, il déçoit par un jeu trop scolaire pour une œuvre si fantasque. Müller, seul, est toujours remarquable, plaçant admirablement la voix de son violoncelle dans cette polyphonie qui est un modèle d'équilibre. Il est le véritable narrateur de l'œuvre. Lorsque s'élève le fameux Thème du quatrième mouvement, inspiré du Lied qui donne son nom au quintette, le public frémit d'aise, preuve que Schubert n'a pas besoin de bons interprètes pour plaire. Et Hinterhuber de poursuivre ses gammes. Les applaudissements excessivement enthousiastes appellent un bis. Les cinq ont la bonne idée de ressusciter Louise Farrenc, en donnant un extrait d'un de ses quintettes. Splendide ! Finalement, seule la musique autrichienne résiste à ces Autrichiens !

Crédit photographique : © , Vienne

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