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Le violoncelle vivaldien bien organisé

Revisiter le violoncelle vivaldien de la sorte est à l’écoute, une heureuse initiative. La transcription va bon train dans ce récital, mais s’avère efficace et musicale. Dès leur création, certains originaux furent d’ailleurs transcrits avec bonheur par Bach lui-même, friand de ce répertoire italien, et qu’il transposa pour ses claviers (orgue et clavecin). Mais qu’importe toute justification que l’on pourrait avancer encore, seul compte le résultat musical. Le rôle de l’orgue est ici primordial, à la fois le remplaçant d’un orchestre imaginaire, mais bien plus encore, un confident et un complément sonore idéal pour une telle approche. Le son chatoyant du violoncelle de se mêle ainsi à l’esthétique baroque allemande de l’orgue de Westmount construit au début des années 70, lors de ce grand courant du retour à l’orgue ancien initié alors au Québec. Bel exemple de cette facture dite « néo-baroque », portée par quelques facteurs venus du vieux continent, encouragés par une poignée d’organistes passionnés.

Le programme nous propose deux sonates originalement écrites pour violoncelle et continuo, suivies de deux transcriptions d’œuvres vocales où le violoncelle occupe la partie d’alto soliste. L’effet est ici inattendu, mais l’éclairage proposé est cohérent, comme si l’œuvre avait été écrite ainsi dès l’origine. Bach (déjà cité), se mêle logiquement à cette fête, au travers de son célèbre concerto pour orgue seul en la mineur, et un autre pour clavier en fa majeur. L’idée d’utiliser comme à l’époque un grand orgue permet une étoffe plus dense, notamment dans le concerto en ré mineur pour violoncelle. Cela fait réfléchir sur l’utilisation souvent systématique de nos jours, d’un petit positif de un ou deux jeux, souvent bien maigre pour traduire toutes les subtilités et la force de ces musiques.

Les deux artistes, dont le style ne cherche pas à se situer radicalement du côté des baroqueux ou des classiques, font mouche dans un répertoire qui plaira au public. Par ce récital, le mariage est heureux entre ces deux instruments, que l’on aimerait retrouver plus souvent en concert, à la place d’autres formules qui datent un peu maintenant.

L’âme vénitienne est totale dans ce disque, elle ravira l’auditeur avide de nouvelles émotions et de découvertes. Un mot encore pour signaler le travail remarquable et soigné de Johanne Goyette, productrice et ingénier du son, qui dirige la maison ATMA, référence canadienne en matière de musique ancienne.

Belle idée de cadeau pour les fêtes : séduisant à souhait !

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