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Giuliano d’Angiolini, le son lui-même

Il y a deux manières d’envisager l’appréhension du temps. L’un est directionnel, c’est le temps irréversible de la biologie, de l’histoire, du drame, le temps occidental. L’autre est non-directionnel, c’est le temps de l’inconscient, l’éternel présent de la contemplation, le temps oriental. La musique de s’inscrit résolument et consciemment dans le deuxième type. Personnalité singulière, musicien et poète, rêveur d’inouï, le compositeur romain occupe une position à part dans le paysage musical d’aujourd’hui ; on serait tenté d’évoquer Cage lorsqu’il dit «vouloir laisser sa place au son pour que la musique devienne moins volontaire». Cette musique qu’il nomme «impersonnelle» ne relève en effet d’aucun discours organisé ni d’une logique particulière, comme le poète qui laisserait filer les mots au gré de son imaginaire, à la faveur de leur sonorité : Ita vita zita rita, titre de la pièce pour piano amplifié d’écriture très minimaliste, nous invite à écouter ces îlots de sons pour eux-mêmes, dans un espace et un temps flottants. Avec la même économie de moyens et une incomparable sensualité, c’est une voix a capella – celle de Barbara Morihien – qui «intone» six mélodies sur des poèmes de Sandro Penna : D’Angiolini nous fait goûter la poésie de la langue sans le lyrisme.

Simmetrie di ritorno pour dix instruments – qui ouvre cet album et lui donne son nom – tout comme Orizzonte fisso, bordoni mobili fascinent par l’étrangeté de leurs morphologies sonores ; si le compositeur renonce à toute idée de développement et d’élaboration formelle, il conçoit avec un raffinement extrême ce qui advient, «ces états successifs d’évidence» (selon les termes de Gérard Pesson dont on aurait aimé lire le texte de la pochette en français) qui recèlent en eux-mêmes des moyens expressifs forts ; certains alliages des vents avec l’accordéon semblent évoquer parfois les sonorités du Gagaku japonais dans un temps là aussi très étiré. Avec l’humour qui affleure, D’Angiolini délimite, pour Und’ho d’anda, un espace clos dans lequel évoluent en boucle neuf instruments à vent soumis à différentes énergies. Dans Notturno in progressione qu’interprète ici le , les îlots de musique sont parfois «cimentés» par de longues tenues, une manière peut-être de «fil conducteur» dans ce cheminement nocturne. La matière sonore y est souvent «traitée» par différents modes de jeu qui tendent à estomper voire à effacer les sonorités instrumentales. Ces émanations de «surface» ne sont pas sans nous remuer dans nos profondeurs.