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Autour Dusapin

Le

Au cœur du premier programme du de l’année 2011, il y a (In and Out), à partir de lui des cercles concentriques alternant maîtres et créateurs prometteurs. Gilles Schuemacher entoure Dusapin (deux Poèmes de Rilke), lui-même est enserré par (Sequenza III pour soprano, Sequenza XIVb pour violoncelle), et tous sont encadrés par deux créations de , Doubble-b en ouverture et Voz en conclusion.

A prendre In and Out comme centre de gravité, on admire la maîtrise de Berio et la puissance évocatrice de Dusapin, mais la relève se défend bien. Le motorisme façon XXième siècle où l’expression du fracas des machines-outils de l’ère soviétique est remplacée par l’individualisme du moteur à essence (Doubble-b) constitue une bonne entrée en matière, tout comme Voz offre une version actuelle, éclatée, spatialisée et onirique de ce qui était un grand titre du fado d’Amalia Rodriguez dans les années 80. Les deux Poèmes de Rilke sont courts, d’une simplicité qui serait fin de siècle (XIXème), à moins qu’elle ne soit nouveau siècle (XXème alla Webern?), ou alors contemporaine (c’est-à-dire d’aujourd’hui ?), enfin faire court et simple est une gageur, alors on soulève son chapeau pour Gilles Schuemacher.

Si l’on suit le flot du concert, les œuvres en solo et duos s’enchaînent et s’enrichissent mutuellement. Le grain des cordes frappées ou frottées de la grosse contrebasse de Simon Drappier fait vibrer l’air de l’intime et sympathique salle de cabaret-concert, mais c’est le tour de force de la voix nue de dans la célèbre Sequenza III de Berio qui impressionne le plus. Autant chanteuse que comédienne, passant par tous les registres de la voix humaine – c’est bien l’enjeu de cette pièce, du monologue à la voix lyrique, du rire au jazz, elle interprète dans tous les sens du terme, et elle donne un sens théâtral fort à ce qui pourrait être une performance vocale décousue. Moins exposée vocalement et scéniquement dans Voz, s’y dévoile d’une autre manière, révélant son origine et son attachement au Portugal et au fado. Elle a demandé à de récréer cette chanson, pour que l’art du fado vive et se transfigure dans un autre art musical, le sien.

Bien dans l’esprit «cabaret contemporain», c’est-à-dire une désacralisation de la musique contemporaine pour la rendre plus conviviale, les interventions de Laurent Durupt ont permis de présenter les œuvres avec ce qu’il fallait de naturel et d’émotion, de légèreté sans trivialité. Juste un mot enfin pour souhaiter bon vent au «Rendez-vous d’ailleurs», nouvelle salle du XXème arrondissement qui propose une savoureuse carte de chansons, de musique et de théâtre, à accompagner de «grignoteries».

Crédit photographique : Raquel Camarinha © Raquel Camarinha