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Le Quatuor Takács se met en quatre

Le a conquis son auditoire viennois avec un programme Mitteleuropa des plus réjouissants, superbement maîtrisé.

La formation hongroise a débuté par un cru local : le Quatuor à cordes op. 71 n°1 de Haydn, inventeur du genre. La justesse du ton saisit d’emblée. Entre le brio dû à une œuvre aux dimensions presque orchestrales et l’intimité pleine d’humour et de tendresse qui caractérise la musique de chambre de Haydn, le quatuor a trouvé un excellent compromis. La clé de voûte de cet équilibre, c’est le violoniste Edward Dusinberre, passionnément inspiré, qui déchaîne de son archet l’énergie du groupe. La complicité qui lie l’altiste Geraldine Walther au violoncelliste András Fejér est admirable de modestie, chacun s’effaçant devant l’autre lorsque la partition l’exige. Quant à Károly Schranz, qui tient le second violon, il ne manque pas de pétulance et apporte une touche de lyrisme supplémentaire.

Dans un tout autre esprit, le Quatuor à cordes n°3 de Bartók oblige les quatre artistes à déployer des trésors de précision et de délicatesse, mais d’une façon incisive, presque agressive. Le rythme parfois effréné ajoute une difficulté, mais les membres du savent s’en faire un allié. Bien que d’une régularité métronomique irréprochable, ils parviennent à impulser à l’œuvre un roulis étourdissant, qui culmine dans la fugue de la deuxième partie. Dusinberre et Schranz tirent de toutes leurs forces sur les aigus, tandis que Walther et Fejèr font pression vers les graves. Ces deux poids tressaillent dans une résistance opposée acharnée ; cela tangue fortement, mais ne chavire jamais. En outre, les éléments de musique populaire, tirés du folklore hongrois, sont fort bien traités comme tels, c’est-à-dire de manière dansante, sans dissiper pour autant l’extraordinaire gravité de l’œuvre. Car c’est d’abord le malaise qui règne au cours de ces pages intenses, soutenu par d’inquiétants pizzicati et même l’usage du bois des instruments. La prestation est absolument dantesque !

C’est d’une flamme plus sentimentale que brûle le Quatuor n°1 de Smetana («De ma vie»), fresque miniature évoquant, comme l’indique le nom qu’il lui a donné, les instants privilégiés de l’existence du compositeur tchèque. Son éveil à l’art, sa jeunesse dorée passée dans les bals, son premier amour et sa découverte du caractère national de la musique sont les thèmes successifs traités dans les quatre mouvements de ce chef-d’œuvre. Là encore, le quatuor Takács force l’admiration. Les quatre instrumentistes ont eu l’intelligence de prendre l’œuvre pour ce qu’elle est : une vaste citation. Aussi, la polka du deuxième mouvement ne se veut pas très sérieuse ; de même, le romantisme déchirant du troisième mouvement n’est pas à prendre au tragique. Mais le pastiche n’en demande pas moins du talent et celui du quatuor Takács s’affirme avec éclat. Les rappels du public lui vaudront le Finale du Quatuor op. 74 n°3 de Haydn, «Le cavalier». Un galop ébouriffant !

Crédit photographique : Ellen Appel

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