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Jean-Frédéric Neuburger à Vienne

Le piano français s’illustre à Vienne grâce à , auteur d’un concert loin d’être gagné d’avance qui, pourtant, a fini par emporter l’adhésion du public.

Rien que de consensuel pour débuter. La partie Liszt ne peut que convaincre, tant les accents de Neuburger sont proches de l’esprit du compositeur hongrois. Il fait résonner son Steinway de façon spectaculaire, lui donnant un volume de cathédrale, parfaitement à propos pour les Funérailles et les Deux Légendes de saints. Qu’on ne se méprenne pas : il ne s’agit pas de battre un record de décibels, mais plutôt – et bien plus subtilement – d’élargir le son à l’infini, de le répandre sans entrave, y compris dans les passages les plus doux. Neuburger fait ainsi un très bon usage de la pédale, son interprétation n’accusant aucune sécheresse, au contraire de beaucoup d’autres. Après des Funérailles poignantes mais sans pathos, viennent un Saint François d’Assise prêchant aux oiseaux merveilleusement aérien et un Saint François de Paule marchant sur les flots profondément recueilli : il faut de la piété, voire du mysticisme, pour jouer ces pages et, de toute évidence, n’en est pas dépourvu.

Le merle de roche de Messiaen est accueilli fraîchement pour des raisons qui, nous le croyons, ne tiennent qu’à l’œuvre, particulièrement ardue. Interprétée pourtant avec maestria, elle rebute semble-t-il le bon public viennois, rétif à ses sonorités étranges, à ses motifs incongrus et sans suite. Sans se démonter pour autant, Neuburger revient après la pause avec une composition personnelle –Maldoror – inspirée par les écrits du Comte de Lautréamont (Isidore Ducasse). C’est une œuvre proprement maléfique, explorant notamment l’aspect le plus percussif du piano. Les ruptures entre accès virtuoses et calmes méditations confèrent à ce poème musical un caractère fragmenté qui n’est pas sans intérêt. Littéralement habité par sa création, Neuburger remporte un vif succès.

La Sonate n°2 de Chopin est traitée plus avec tourment qu’avec délicatesse. Le ton est vif et emporté jusqu’à la Marche funèbre du troisième mouvement, qui vient presque comme un délassement. Antérieure de dix ans aux Funérailles de Liszt, cette Marche est autrement plus sentimentale et Neuburger ne manque pas de le faire sentir, en particulier dans la modulation centrale. Mais le concert n’est pas fini et le jeune pianiste revient encore trois fois sous les applaudissements ! On le retrouve scintillant sous le Clair de lune de Debussy, preste et allègre dans Stravinsky et, enfin, ô combien inspiré dans une improvisation déconcertante de facilité. Pour notre plus grand bonheur, Jean-Frédéric Neuburger n’a que vingt-cinq ans.

Crédit photographique : © Kajimoto Concert Management & Young Concert Artists Websites