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Felicity Lott, Clara Mouriz et Graham Johnson dans le salon de Madame Viardot

Pour ouvrir le cycle donné au Musée d’Orsay sur les salons musicaux parisiens, a préparé un de ses programmes érudits et spirituels, sur une trame récitée par l’acteur Nicolas Vaude. Pauline Viardot fut, on le sait, une voix extraordinaire, un contralto agile, dont l’imposant rôle de Fidès, dans Le prophète de Meyerbeer, donne l’idée. C’est avant tout la maîtresse de maison que le programme évoque ce soir. La cantatrice « restait chez elle » le jeudi soir, et recevait rue de Douai (dans le 9e arrondissement) l’élite musicale de son temps. s’intéresse précisément à la deuxième époque de ce salon, comprise entre 1871, année du retour de Pauline Viardot à Paris, et le déménagement de 1883, à la mort de son époux. La complicité des artistes recrée sans peine l’atmosphère qui présidait à ces soirées souriantes et cependant de haut niveau musical, comme l’indiquent les noms des compositeurs français rassemblés ici. Tous furent des habitués du salon et des protégés de la chanteuse. Ils semblent vouloir rivaliser de charme et d’élégance pour Pauline Viardot et ses filles : un même poème de Victor Hugo (La coccinelle), traité avec précision par Saint-Saëns, est transformé en valse coquine par Bizet, et Paladilhe ne démérite pas face au jeune Fauré. Les airs religieux eux-mêmes ne sont pas dénués de séduction mondaine.

Graham Johnson souligne le cosmopolitisme très marqué du salon, et les chanteuses l’illustrent avec une prononciation toujours soignée. Fille de Manuel Garcia (et donc sœur cadette de la Malibran), Pauline Viardot n’est certainement pas étrangère à l’engouement des musiciens de son époque pour l’Espagne. Ses chansons en espagnol ne manquent pas de piquant et ses lieder sont également de belle facture. Elle s’adonnait même aux facéties de l’arrangement, posant, avec la permission de l’auteur, des vers sur les pièces de Chopin, ou encore travestissant une danse hongroise de Brahms en duo de bohémiennes, avec la complicité inattendue de Victor Wilder, plus connu pour ses versions françaises de Wagner.

On retrouve toujours avec plaisir l’art de Dame dans la mélodie ; elle donne aussi avec tact et noblesse le bel air de Sapho. Douée d’une jolie voix sombre, et de beaucoup de présence, ne charme pas moins, en particulier dans un air de Samson et Dalila, que Pauline Viardot, alors retirée de la scène, chanta en privé. Une soirée délicieuse.

Crédit photographique : © José Manuel Bielsa

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