ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Wiener Klaviertrio, un Trio bien pâlot

Le ne laissera pas un souvenir impérissable de son passage au Konzerthaus de Vienne. Malgré des qualités techniques évidentes et une bonne volonté touchante, il n’est jamais parvenu à ce haut degré d’interprétation, à partir duquel les intentions laissent place à l’émotion, transmise à l’auditoire avec naturel et simplicité.

Le Trio en si bémol majeur K 502 de Mozart ne convainc pas vraiment ; avouons-le, l’œuvre ne regorge pas elle-même de surprises. Ne parvenant pas à compenser l’évidence de la partition par sa propre invention, le donne de ce Trio une version prévisible et assez ennuyeuse. Elle permet toutefois d’installer les personnages dans leur rôle : Wolfgang Redik, le violoniste un peu terne, est heureusement secondé par un brillant violoncelliste, Matthias Gredler. Au piano, Stefan Mendl enchaîne les phrases avec sérieux et platitude, rivé à une partition insipide qui exigerait pourtant de l’interprète une « fidèle infidélité ».

La création du sixième Trio pour piano de Paul Engel, écrit en 2010, donnait aux interprètes une occasion de relever le tir après cette entrée en matière peu percutante. Ils ne sont une fois de plus, hélas, guère aidés par le texte. Gedankenströme (Courants de pensées) – tel est le nom donné à son Trio par le compositeur allemand, qui doit trouver cela plus chic qu’un numéro – est une œuvre tortueuse et méandreuse, où l’auteur se plaît à nous perdre dans le labyrinthe de son cerveau. Car ainsi que l’explique Paul Engel lui-même sur scène en avant-propos, il s’agit d’une musique proprement cérébrale, traduisant le flux et reflux des réflexions qui le traversent. De deux choses l’une : ou Paul Engel est un piètre compositeur, ou ses cogitations ne sont pas d’une envergure telle qu’il soit nécessaire de les mettre en musique. Spécialement destiné au Wiener Klaviertrio, ce Trio « intellectuel » est plutôt mal servi de surcroît, en raison notamment d’un violoniste transparent.

Schubert offre finalement, non pas une rédemption, mais du moins la partie la plus acceptable de ce concert, grâce à son Trio pour piano n°1. Les accents sonnent enfin juste et, pour la première fois, les trois musiciens donnent l’impression de croire eux-mêmes à ce qu’ils jouent. La qualité d’exécution repose pratiquement sur le seul violoncelle de Matthias Gredler, en particulier dans le tendre Andante. Mais Stefan Mendl connaît lui aussi un beau moment de bravoure dans le dernier mouvement et il n’y a pas jusqu’au violoniste Wolfgang Redik qui ne se montre inspiré par le thème de ce Finale guilleret. Dans l’ensemble, on apprécie plus la modestie des instrumentistes que leur prestation : le Wiener Klaviertrio ne se prend pas pour le Trio du siècle. Et nous non plus.

Crédit photographique : photo © Nancy Horowitz