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Une Flûte équilibrée à Seattle

Equilibre, voilà peut-être le mot qui caractérise le mieux la nouvelle production de la Flûte enchantée de l’Opéra de Seattle. Les contraintes exercées par un financement quasi-exclusivement privé limitent les débordements de créativité et reproduisent en définitive les conditions dans lesquelles la Flûte avait été créée.

A Vienne en 1791 comme à Seattle 220 ans plus tard, il s’agit de remplir la salle en apportant le bon dosage entre légèreté et profondeur. Pas simple de combiner l’amour à tout prix des jeunes Tamino et Pamina, les haines et les aigreurs des parents de Pamina, l’humour et l’humanité de Papageno et Papagena, et enfin le message humaniste à forts traits maçonniques. Dans des décors et des projections vidéos marqués par l’omniprésence du triangle et de la pyramide, le public en confiance réagit aux propos délibérément misogynes de Sarastro, s’amuse de la mort ridiculement facile du serpent, rit quand les rudes soldats sont transformés en pantins dégingandés au son des clochettes de Papageno. La mise en scène de Chris Alexander n’est pas moderne au sens européen car elle ne cherche pas à bousculer ni à provoquer, mais elle est actuelle au sens américain. Le metteur en scène n’hésite pas prendre de la distance pour se mettre en connivence avec le public contre les détails excessifs du livret.

Musicalement, on retiendra la jeune soprano japonaise , formée aux Etats-Unis mais qui a démarré sa carrière en Europe. Elle a magnifiquement réussi son grand air de la Reine de la nuit, en y insufflant jusqu’au bout une puissance a priori incompatible avec l’agilité requise pour ces vocalises stratosphériques. incarne Papageno avec toute la saveur requise, et se montre l’artiste le plus complet de la soirée, vocalement sûr et scéniquement efficace. Il est bien accompagné par Ani Maldjian, Papagena amusante et pleine de peps. Durant l’Acte II en particulier, Tamino () et Pamina (Hanan Alatta) peinent à surmonter la mièvrerie de leur personnage, et Sarastro (Keith Miller) n’évite pas une pompe assez creuse. En revanche l’apparition des huit bambins de Papagena et Papageno, progéniture prolifique et amusante dans leurs petits costumes jaunes et verts (la plus petite avait 3 ans, le plus grand guère plus de 5 ans), fit tout son effet à la fin de l’opéra et nous rappelèrent que l’opéra est un enchantement (assumons le mot !) à vivre par toutes les générations.

Crédit photographique : (photo verticale), et Hanan Alattar © Rozarii Lynch