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Un Fauré intimiste et rayonnant par Karine Deshayes

Excellente idée que de coupler le Quatuor avec piano op. 15 avec le cycle de mélodies La Bonne Chanson dans sa version de 1898, avec piano et quintette à cordes. L’unité thématique de ce CD, qui cherche de toute évidence à présenter la face optimiste d’un compositeur souvent enclin à la mélancolie, s’en voit encore renforcée.

L’interprétation n’en privilégie pas moins les demi-teintes, notamment avec le chant de la mezzo-soprano , assurément une de nos meilleures – sinon la… – chanteuses du moment. Son timbre clair et léger, ainsi que sa diction châtiée voire parfois un peu précieuse, conviennent parfaitement à la chaleur caressante qui se dégage de ces mélodies. Si les textes de Verlaine ressortent de manière moins chargée que dans la version dite de référence laissée par Anne-Sofie von Otter, certes plus directe et plus animée mais beaucoup trop extérieure et dramatique à notre goût, on en apprécie davantage leur douce musicalité. On était loin de soupçonner chez notre brillante rossinienne, davantage habituée aux feux de la scène qu’à l’intimité du récital, autant de qualités d’intériorité.

À ses côtés, l’ propose un chatoyant tapis de sonorités, suaves et discrètes, que l’on retrouve également dans l’Opus 15. Si l’optimisme radieux du dernier mouvement confirme les options interprétatives de cette version, les instrumentistes savent également trouver le ton de la tragédie qui convient si bien à l’Adagio. En somme, un CD apaisant et rayonnant dans son intimisme parfaitement intériorisé.