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Parades & Changes : attention, installation !

Ballet matérialiste, Parades & Changes confie aux actions et aux objets l’essentiel de sa dramaturgie. propose une recréation contemporaine de cette pièce mythique de l’américaine .

Dans l’espace Charlie Parker de la Grande Halle de La Villette, le spectacle démarre comme un théâtre choral à la manière de Georges Pérec, avant de céder la place à un zapateado endiablé ou un jeu de chaises musicales sur des blocs de couleur. L’espace du plateau se dégage peu à peu au profit d’une accumulation d’objets hétéroclites disposés en ligne par chacun des dix interprètes. Danseurs, circassiens et créateurs de son ou de lumières, tous ces artistes font revivre sous la houlette d’ une pièce majeure de la modern dance américaine créée en 1965. Bien qu’étant ultra-écrite, cette pièce tient alors davantage du happening ou de l’installation que de l’œuvre chorégraphique.
Depuis sa création, elle a largement inspiré des générations d’artistes.

De à , de à , en passant par , on sait à quel point les chorégraphes contemporains français se sont emparé à leur tour des objets les plus divers comme support de leurs créations. Incongru, ce travestissement matérialiste permet ici de créer des personnages hybrides et colorés – avec un sens éthique très développé. Il s’agit ensuite d’entasser un maximum de ces
objets sur trois interprètes transformés en sculpture vivante. Un défi !

Monteurs d’échafaudage ou déplieurs de bâche, les circassiens qui étoffent à l’initiative d’Anne Collod l’équipe initiale de recréation ressemblent plus à des techniciens du spectacle en bleu de chauffe et combinaisons fluos. Ils exploitent tout l’espace et toute la hauteur de la Grande Halle dans un numéro spectaculaire sur une tour d’échafaudage. Plus « physique » que le reste du spectacle, ce numéro est en net décalage avec les autres propositions plus conceptuelles déclinées pendant une heure et demie. Il n’apporte rien à la compréhension et à la modernité de la pièce.

Pour finir, un lent et méthodique déshabillage/rhabillage sert de point d’orgue au spectacle. Il n’a rien d’un striptease, puisqu’il est sans musique, et exécuté froidement dans une atmosphère très clinique – cette séquence valut pourtant à la pièce d’
d’être interdite pendant 20 ans aux Etats-Unis. Elle donne ensuite lieu à une belle et réjouissante séquence de déchirage de papier kraft. Dans un brassage organique, doré et mouvant, les corps nus des danseurs sont métamorphosés en hommes et femmes papier. Rassemblant dans leurs bras les morceaux de papier épars, ils quittent dignement le plateau par le fond de scène, qui s’ouvre sur la totalité de la Grande Halle.

Crédit photographique : Photos © Jérôme Delatour