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Les promesses de Vilde Frang

La jeune (née en 1986) n’en est qu’à son deuxième album chez EMI et voit déjà son nom s’étaler en caractères infiniment plus grands que ceux de Grieg, Bartók et Strauss sur la pochette de celui-ci. Heureusement, le produit s’avère beaucoup plus musical que commercial et l’art y prend le pas sur le marketing. Curieux choix, cependant, que d’associer deux œuvres « immatures » de génies prometteurs avec la redoutable Sonate pour violon seul de Bartók, véritable plat de résistance de ce récital.

Composé à l’intention de Yehudi Menhuin, le chef d’œuvre du Hongrois trouve ici une lecture très convaincante. Se jetant à corps perdu dans la musique, Frang se joue des innombrables difficultés techniques de la partition (au premier coup d’œil, Menhuin la jugea presque injouable) pour se concentrer sur la construction des mouvements (la fuga est une réussite totale) ou tenter de nous hypnotiser par les jeux de timbres exigés par Bartók (Melodia et début du presto). La jeune femme montre qu’en plus d’une dextérité impressionnante (sa main gauche semble presque élastique), elle possède une grande intelligence musicale et est capable de tirer son épingle du jeu.

Les deux sonates avec piano ne laissent pas le même souvenir impérissable. Toutefois, Frang n’est (presque) pour rien dans ce constat car il apparaît surtout que ces partitions, malgré leurs qualités et leur charme, sont les travaux de jeunes artistes certes pleins de talent mais qui peinent à canaliser leur imagination débordante. En résulte une débauche de moyens parfois inutiles (le logorrhéique finale de Strauss). De leur côté, les interprètes font ce qu’ils peuvent pour rendre ces pages attractives. La sonorité du violon est chaude et teintée de jolies nuances tandis que outrepasse avec bonheur son rôle de simple accompagnateur et réalise une prestation remarquable. Au point de vue stylistique, il subsiste quelques « erreurs de jeunesse » (l’abus de portamenti dans l’Allegro ma non troppo de Strauss, par exemple) qui n’entament toutefois en rien l’intérêt que l’on éprouve à écouter une violoniste promise à un bel avenir musical.

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