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DiDonato : un récital d’une rare versatilité

Voilà enfin un CD-récital au programme original, fondé comme il est sur un concept consistant à faire alterner figures masculines et féminines d’opéras qui présentent des personnages tirés d’une même histoire. Au Siebel de Gounod fait ainsi pendant la Marguerite de Berlioz, à l’Ariane de Massenet répond le Komponist de Strauss, au Sesto de Gluck succède la Vitellia de Mozart, etc. Ce sont en tout seize portraits d’hommes et de femmes qui composent cet excellent CD, au programme si intelligemment et si savamment construit. Mais si se montre particulièrement à l’aise dans ce qui constitue avant tout un exercice de genre, que permet sans difficulté son authentique voix de mezzo-soprano, elle impressionne encore bien davantage par son aisance vocale à toute épreuve, et surtout par sa versatilité stylistique. On la savait à l’aise dans l’esthétique du XVIIIe siècle, on connaissait sa suprématie absolue dans Rossini, et ce ne sont ni les extraits du Barbier ou de Cenerentola – ah, ces trilles ! –, ni les pages de Gluck et de Mozart qui viendront le contredire. Admirons au passage l’exceptionnelle prestation d’une artiste capable de suggérer autant la sensualité débridée de Chérubin que les chastes attentes de Suzanne. À la ligne de Sesto – sur l’air repris par Gluck pour son « O malheureuse Iphigénie » – répondent les intervalles et les vocalises hystériques de Vitellia. Et une styliste de cette trempe rappelle ce que Berlioz doit à Gluck, voire à Bellini, dans la construction d’une phrase musicale.

La véritable surprise provient des extraits d’ouvrage du XIXe siècle finissant, avec notamment d’exquis Massenet. Mais si chante ainsi l’air du Prince de Cendrillon dans sa version pour mezzo, c’est évidemment dans le rôle-titre, autrefois immortalisé par Frederica von Stade, qu’on espère un jour la rencontrer à la scène. Et si la dernière plage du disque, extraite de l’Ariane à Naxos de Strauss, annonce sans doute les Oktavian à venir, peut-être faudra-t-il auparavant travailler un peu plus les consonnes de l’allemand ; et la Maréchale, ce sera pour plus tard, peut-être…

Quoi qu’il en soit, et quelle que soit l’évolution future de la carrière de Joyce DiDonato, avec un instrument aussi parfaitement maîtrisé, avec une connaissance aussi accomplie des styles et un instinct musical aussi juste, cette toujours jeune interprète a décidément des lendemains qui chantent…