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Lucien Durosoir : Baudelaire ou Verlaine ?

Alpha continue d’explorer l’œuvre de . Ce quatrième disque exhume Le balcon, qui contient certains des vers les plus inoubliables de Baudelaire, dans une curieuse adaptation en « poème symphonique » pour basse solo, chœur féminin et quintette à cordes. Pour la partie soliste, Durosoir semble avoir voulu se différencier du modèle proposé par Debussy, au prix de recherches prosodiques peu naturelles. En revanche, l’atmosphère voluptueuse est très réussie, entretenue par des cordes tour à tour langoureuses ou frénétiques, et par les interventions sans paroles du chœur, tout à fait dignes des « molles enchanteresses » qui hantent Les fleurs du mal. Une véritable curiosité, toujours à la limite de l’artificiel, excellemment servie par les interprètes.

Les diverses pièces instrumentales qui composent le reste du disque confirment l’originalité de ce talent, qui n’a vraiment rien de commun. L’Idylle pour vents, surtout, révèle une science des couleurs pastorales qui évoque Cézanne. Admirablement rendue par les membres du Quintette Aquilon, l’œuvre semble emprunter au peintre ses plus subtils équilibres. Les pièces pour violoncelle composées pour le virtuose Maurice Maréchal partagent avec le Trio un caractère bizarre et fuyant. Dans cette dernière œuvre, on ne reconnaît guère le thème « nerveux et fier » annoncé. Est-ce imputable à une interprétation soignée mais peut-être trop timide ? Ou plutôt à la singularité de Durosoir, qui s’apparente finalement bien plus à Verlaine qu’à Baudelaire, ne serait-ce que par son utilisation de l’impair et par sa poésie de la suggestion, aux confins du romantisme et de l’impressionnisme.