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Le Debussy problématique de Gergiev

Venant après un album Ravel correct mais pas convaincant, l’inépuisable se confronte à Debussy.

Le résultat ne marquera hélas pas la discographie. On sait, en concert, Gergiev capable du meilleur comme du pire et l’on connaît les visions singulières mais souvent originales et pertinentes des chefs de l’école russe dans la musique française (On pense à Svetlanov). Mais, cette galette n’immortalise que des concerts menés par un chef visiblement peu à son aise et peu inspiré.

Sa Mer allie quelques envolées brillantes comme à la fin de « Jeux de vagues », mais reste engluée dans des tempi trop lents où le chef laisse son orchestre rouler à vue ; c’est particulièrement flagrant dans les dernières minutes de « De l’aube à midi sur la mer » d’une monotonie soporifique. Fort heureusement, le LSO, qui a enregistré tant de disques définitifs de musique française (avec Monteux, Abbado, Prévin et Tilson-Thomas), assure un service technique léché bien que malheureusement desservi par une prise de son trop mate et qui écrase les dynamiques. Les références restent les mêmes : Boulez (Sony et DGG),  Munch (RCA), Tilson-Thomas (Sony), Abbado (DGG ou Euroarts), Martinon (Brilliant), Ansermet (Decca), Dutoit (Decca).

Dans Jeux, Gergiev, grand pyrotechnicien des avant-gardes, semble dubitatif devant cette dentelle musicale. Certes, il n’y pas de fautes de goûts, mais le discours reste toujours plat.  On est loin de l’introspection orchestrale d’un Boulez (DGG) ou de l’alchimie d’un Tilson-Thomas (avec de même LSO pour Sony). On évitera de trop s’appesantir sur une lecture rectiligne et asséchée du Prélude à l’après midi d’un faune.

Un disque tout compte fait inutile dans un contexte contemporain qui ne s’avère pas particulièrement favorable pour la musique orchestrale de Debussy ! Si l’on fait abstraction des belles gravures d’Abbado (DGG ou Euroarts), Tabachnik (BPO), et de Shui (Bis), toutes les récentes lectures se sont avérées soit décevantes (Krivine, Timpani ; Salonen, Sony ; Masur, Teldec ; Rattle, EMI)  ou catastrophique comme  le désarmant disque de Jun Märkl à Lyon (Naxos).