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Le général Jurowski dirige Beethoven

est un chef qui aime prendre des risques, c’est plutôt rare chez les musiciens de l’école russe. À l’inverse de ses condisciples, il ne se limite pas à ressasser les mêmes tubes du répertoire russe mais s’aventure vers des terres risquées : on lui doit une relecture décapante des Symphonies n°1 et n°2 de Brahms (LPO), il vient de dégraisser la Symphonie n°2 de Mahler (LPO également) et il monte régulièrement au pupitre de l’Orchestre de l’âge des Lumières, formation sur instrument d’époque.

Comme toujours avec Jurowski, les lignes de construction des œuvres sont tirées au cordeau et rien n’est laissé au hasard en ce qui concerne la mise en avant des thèmes et des gradations, pourtant cette captation de concert lasse assez vite.

Certes, la musique est tenue de main de maître (même si l’orchestre n’est pas toujours précis), mais on attend en vain une approche moins foncièrement droite de Beethoven. Qui plus est, Jurowski semble hésiter entre deux visions : il dirige un orchestre en effectif réduit (6 violoncelles et4 contrebasses), mais il n’allège pas pour autant les textures et cherche un certain son puissant, percussif  et massif avec des tempi médians qui peinent à aller de l’avant.

La Symphonie n°7, martiale mais fatigante, souffre particulièrement de ce traitement unilatéral et très « tête dans le guidon ». La Symphonie n°4, traitée comme une œuvre puissante de maturité, manque de folie et de légèreté. L’ouverture de Coriolan est mieux venue, mais si elle est modèle dans la gestion des transitions, elle est avare de la folle énergie d’un Kleiber (en vidéo pour DGG).

L’image est belle, mais la réalisation est un peu académique pour ce DVD qui ne reviendra pas souvent sur le lecteur en dépit de l’admiration que l’on peut éprouver pour ce chef unique et génial. En DVD, la meilleure relecture moderne de Beethoven est toujours celle de Paavo Järvi (Sony).